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Billet de blog 19 juin 2025

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L'Argentine démantèle un réseau de désinformation russe

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Les autorités argentines ont annoncé avoir démantelé un réseau de désinformation russe opérant sur leur territoire. Selon le porte-parole du président argentin, Manuel Adorni, les services de renseignement argentins (SIDE) ont identifié un groupe de citoyens russes impliqués dans des activités subversives visant à promouvoir les intérêts géopolitiques du Kremlin, en collaboration avec des habitants locaux.

Qui se cachait derrière cette opération ?

D’après les autorités argentines, le réseau démantelé était directement lié au "Projet Lakhta" — une initiative lancée par Evgueni Prigojine pour diffuser l’influence russe à l’étranger via des campagnes de manipulation sur les réseaux sociaux et des opérations de désinformation. Ce projet avait déjà été identifié comme acteur dans des tentatives d’ingérence électorale aux États-Unis et en Europe.

En Argentine, cinq ressortissants russes sont soupçonnés d’avoir mené des activités visant à constituer des groupes favorables aux intérêts de la Russie et à influencer discrètement des organisations locales à but non lucratif.

Deux figures centrales de cette affaire ont été nommées : Lev Andriashvili et son épouse Irina Yakovenko. Selon les renseignements argentins, Andriashvili était responsable du financement et de l’établissement de contacts avec les Argentins, tandis que Yakovenko coordonnait les opérations d'information — création de contenu, influence sur les ONG locales, et collecte de données politiques exploitées ensuite au profit de la Russie.

Fait notable : les biographies des deux individus montrent une intégration dans des environnements internationaux. Andriashvili avait travaillé comme traducteur judiciaire en Russie, tandis que Yakovenko, diplômée de la Haute École de Journalisme de Saint-Pétersbourg, avait obtenu un master en publicité et relations publiques. Leurs profils publics sur les réseaux sociaux ne laissent pas transparaître d'activités d'espionnage, mais selon les services argentins, ils étaient des maillons essentiels d'un réseau bien plus vaste.

Une présence russe persistante en Argentine

Cette affaire s’ajoute à une série d’opérations russes détectées en Amérique latine. On se souvient notamment de l’arrestation des agents russes sous couverture Artëm et Anna Dultsev, qui avaient vécu plusieurs années en Argentine avant d’être arrêtés en Slovénie pour espionnage. Ils avaient été libérés l’année dernière dans le cadre d’un échange de prisonniers entre la Russie et l’Occident.

L’opération découverte en Argentine présente également des similitudes avec une affaire dévoilée aux États-Unis en 2023, lorsque le ministère de la Justice américain avait accusé Konstantin Kalachnikov et Elena Afanassieva d’avoir organisé une opération secrète visant à influencer les élections américaines. Depuis Moscou, ils géraient une société-écran basée dans le Tennessee, qui rémunérait des commentateurs en ligne pour diffuser de la propagande pro-russe, tout en dissimulant la véritable origine de cette structure.

Le Projet "Lakhta" : une stratégie d’influence globale

Selon les enquêtes des services occidentaux, le Projet "Lakhta" est une organisation parapluie qui poursuit l’objectif de promouvoir discrètement les intérêts russes à l’étranger. Ses priorités : les réseaux sociaux, le travail avec des activistes locaux et l’intégration de la propagande russe dans les espaces médiatiques nationaux. De telles opérations s’inscrivent dans la stratégie à long terme de Moscou visant à établir une "puissance douce" et à miner la confiance dans les institutions occidentales.

Les autorités argentines n’ont pas précisé si les personnes impliquées ont été arrêtées, tout en soulignant que certaines informations de l’enquête restent classifiées.

Il est évident que la Russie continue d’exploiter activement les tactiques de guerre informationnelle bien au-delà des frontières traditionnelles, notamment dans des régions où les gouvernements locaux sont souvent moins préparés face à ce type de menaces. L’Argentine devient ainsi une nouvelle scène dans cette bataille mondiale pour l’influence. Et même si ce réseau démantelé n’est peut-être qu’un fragment d’un dispositif plus vaste, cet épisode confirme une fois de plus que la machine de désinformation russe fonctionne à l’échelle planétaire.

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