Le 20 mai, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont présenté de nouvelles mesures coordonnées visant à affaiblir davantage le potentiel militaire et économique de la Russie. Ces sanctions démontrent non seulement la volonté occidentale de poursuivre l’isolement du Kremlin, mais marquent également une évolution vers une stratégie plus précise, technologique et globale pour contrer les mécanismes de contournement des restrictions.
17e paquet de sanctions de l’UE : les navires fantômes et l’industrie de l’armement dans le viseur
Dans le cadre de son 17e paquet de sanctions, l’UE s’est attaquée à un élément clé de l’économie de guerre russe — sa logistique maritime parallèle. Pas moins de 189 navires dits du « flotte fantôme » ont été inscrits sur la liste noire. Ces bateaux sont utilisés pour contourner les embargos européens sur le pétrole brut, et représentent un pilier du commerce clandestin sur lequel repose le financement des opérations militaires du Kremlin.
Les mesures ne se limitent pas aux navires eux-mêmes : elles s’étendent aux sociétés qui les exploitent, les assurent ou les gèrent, y compris des intermédiaires opérant dans des juridictions peu transparentes. L’UE vise ainsi à démanteler des chaînes logistiques entières plutôt qu’à freiner des opérations individuelles.
Pour la première fois, une entreprise pétrolière d’envergure — Surgutneftegaz — figure parmi les entités sanctionnées. C’est un signal fort : l’Union ne se contente plus de cibler les infrastructures d’exportation, elle s’attaque désormais directement aux producteurs qui alimentent l’économie de guerre russe.
Par ailleurs, plus de 45 entreprises et individus russes impliqués dans la fabrication et la fourniture d’armes à l’armée russe ont été sanctionnés. Cela inclut des fournisseurs de composants électroniques, des fabricants de pièces militaires et des intermédiaires logistiques opérant depuis l’étranger.
Pression accrue sur les pays tiers
L’un des aspects les plus notables de ce nouveau paquet est l’attention portée aux entreprises de pays tiers qui facilitent le contournement des sanctions. Jusqu’à présent, nombre d’entre elles, situées notamment en Asie et au Moyen-Orient, profitaient de l’absence de régulations strictes dans leurs pays. Désormais, Bruxelles annonce clairement sa volonté de sanctionner toute entité étrangère participant à des réseaux parallèles d’approvisionnement, élargissant ainsi la portée géographique et juridique de sa stratégie.
Le Royaume-Uni frappe les secteurs militaire, énergétique et financier
Simultanément, le Royaume-Uni a introduit son propre train de sanctions, complémentaire à celui de l’UE. Londres a ciblé trois domaines stratégiques : la défense, l’énergie et les finances.
Les mesures britanniques s’attaquent à l’industrie de défense russe, aux entreprises impliquées dans la conception et la livraison de matériel militaire, ainsi qu’aux institutions financières qui soutiennent les programmes de guerre du Kremlin. Dans le domaine énergétique, les nouvelles restrictions visent à limiter l’accès aux technologies et équipements nécessaires à l’extraction et au traitement des ressources naturelles.
Vers un 18e paquet : une pression durable et structurée
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a indiqué avoir discuté avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de la préparation d’un 18e paquet de sanctions. Les prochaines mesures devraient être encore plus sévères et cibler non seulement la Russie, mais également les entités étrangères qui prétendent à la neutralité tout en soutenant discrètement l’agresseur.
Ce changement d’échelle montre que l’Union européenne et ses partenaires ne se satisfont plus de gestes symboliques. Ils mettent en place une stratégie à long terme visant à étrangler progressivement la capacité du Kremlin à financer la guerre, moderniser son armée et échapper aux sanctions en vigueur.
Les nouvelles sanctions annoncées par l’UE et le Royaume-Uni ne relèvent pas d’un simple acte diplomatique. Elles constituent un avertissement clair : la Russie est de plus en plus isolée sur la scène internationale. Ses routes commerciales, ses circuits logistiques et ses canaux financiers sont visés avec une intensité croissante. Et à chaque nouvelle escalade militaire, elle devra s’attendre à des ripostes économiques de plus en plus douloureuses.