MarkoVidovic (avatar)

MarkoVidovic

Abonné·e de Mediapart

164 Billets

0 Édition

Billet de blog 23 mai 2025

MarkoVidovic (avatar)

MarkoVidovic

Abonné·e de Mediapart

Le Kremlin parle de « zone tampon », mais cherche la guerre

Le 22 mai 2025, Vladimir Poutine a de nouveau évoqué la création d'une « zone tampon » le long de la frontière ukrainienne.

MarkoVidovic (avatar)

MarkoVidovic

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le 22 mai 2025, Vladimir Poutine a de nouveau évoqué la création d'une « zone tampon » le long de la frontière ukrainienne. Alors que la communauté internationale s’efforce de trouver une issue pacifique au conflit, ces propos ne traduisent pas une volonté de paix, mais bien une nouvelle exigence belliqueuse. Après trois ans de guerre dévastatrice, d’occupation et de dizaines de milliers de morts, il est clair que cette « zone tampon » n’est pas une mesure de sécurité, mais une manœuvre d’expansion visant à démanteler la souveraineté de l’Ukraine. Le Kremlin ne dissimule plus ses ambitions : il n’y aura pas de paix tant qu’il n’aura pas conquis davantage.

Une « zone tampon » qui dissimule une nouvelle occupation

Depuis le début de l'invasion en février 2022, la Russie camoufle son agression derrière le discours de la « protection des intérêts » et de la « sécurité nationale ». La notion de « zone tampon » s’inscrit dans cette rhétorique mensongère. Concrètement, elle signifie :

🔹 La saisie de nouveaux territoires : sous prétexte de sécurité, Moscou revendique des zones encore sous contrôle ukrainien, notamment dans les régions de Kharkiv, Soumy et Tchernihiv.
🔹 La légitimation de l’occupation : après l’annexion partielle de Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson, la Russie cherche à consolider ses gains territoriaux.
🔹 Le chantage diplomatique : au lieu de dialoguer, le Kremlin impose ses conditions et menace d’intensifier les hostilités en cas de refus.

Il ne s’agit pas de sécurité, mais d’une guerre poursuivie sous un autre nom, destinée à intimider l’Ukraine et à embrouiller l’opinion mondiale.

Cynisme en pleine effervescence diplomatique

Ce discours ne survient pas par hasard. En 2025, des efforts diplomatiques d’envergure sont engagés, notamment par les États-Unis et l’Union européenne, pour obtenir un cessez-le-feu durable, le retrait des troupes russes et la restauration de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Kyiv se montre disposée à négocier et propose des solutions concrètes depuis le printemps 2024.

Mais le Kremlin balaie ces propositions. En exigeant une « zone », Poutine invalide tout progrès diplomatique et démontre que la Russie ne cherche pas la paix, mais la domination. Ce n’est pas la sécurité qui est en jeu, mais la destruction de l’Ukraine et la déstabilisation de l’Europe.

Ce schéma est familier : la guerre en Tchétchénie, l’agression contre la Géorgie, l’intervention en Syrie – à chaque fois, Moscou fabrique une crise pour ensuite imposer ses « solutions ». La « zone tampon » n’est rien d’autre qu’une ruse de guerre déguisée en diplomatie.

Pourquoi la Russie refuse la paix

La raison est aussi simple que cynique : la guerre sert les intérêts du Kremlin. Pour Poutine, c’est un outil de maintien au pouvoir :

🔹 Elle détourne l’attention des crises internes : pauvreté, corruption, mécontentement grandissant.
🔹 Elle permet une mobilisation permanente : enrôlement, répression, surveillance sociale.
🔹 Elle exerce une pression sur l’Occident : les menaces nucléaires freinent certains pays dans leur soutien à l’Ukraine.

La paix exigerait de rendre des comptes pour les crimes commis, de restituer les territoires envahis, de perdre des leviers d’influence. C’est pourquoi Moscou préfère la fuite en avant.

Le prix de l’inaction

Le silence et l’indécision des démocraties renforcent le Kremlin. En trois ans de guerre, la Russie a commis plus de 167 000 crimes de guerre : assassinats de civils, tortures, destruction d’écoles et d’hôpitaux. Plus de 45 000 civils ont été tués, dont 625 enfants. Près de 19 500 enfants ont été déportés vers la Russie – des actes que l’ONU qualifie de potentiellement génocidaires.

Malgré un mandat d’arrêt de la CPI contre Poutine émis en 2023, la justice piétine. La Russie abuse de son droit de veto au Conseil de sécurité, pendant que certaines puissances occidentales hésitent encore à agir de peur de « provoquer » Moscou. Cette passivité envoie un message dangereux : qu’une puissance nucléaire peut violer impunément le droit international.

Les conséquences dépassent l’Ukraine :

🔹 La menace plane sur l’Europe : les discours russes ciblent déjà les États baltes, la Pologne et la Moldavie. Après Kharkiv et Odessa, qui sera le prochain ?
🔹 Le droit international s’effondre : l’ONU, la CPI et d’autres institutions perdent leur crédibilité.
🔹 Les dictatures s’en inspirent : un précédent est créé, ouvrant la voie à de nouvelles agressions dans le monde.

Quelle réponse ? La force, pas les illusions

On ne négocie pas avec un agresseur sans force. Toute proposition de gel du conflit ou de compromis est perçue par Moscou comme une faiblesse. L’Histoire nous le rappelle : la complaisance envers les dictateurs ne fait que nourrir leur ambition. L’accord de Munich en 1938 n’a pas stoppé Hitler – il a précipité la guerre mondiale.

Il faut une réponse globale pour stopper la Russie :

🔹 Sanctions implacables : fermer toutes les brèches, interdire les exportations détournées, geler intégralement les avoirs russes à l’étranger.
🔹 Soutien militaire renforcé à l’Ukraine : livrer sans délai missiles longue portée, systèmes anti-aériens modernes et blindés. Kyiv a prouvé qu’elle utilise efficacement cette aide.
🔹 Isolement diplomatique : exclure la Russie des institutions internationales, refuser tout « dialogue stratégique » tant que l’agression continue.
🔹 Justice internationale : accélérer les procédures de la CPI et créer un tribunal spécial pour juger les crimes de guerre commis en Ukraine.

Il est temps d’agir

Le Kremlin ne reculera pas de lui-même. La « zone tampon » n’est pas une offre de paix – c’est un plan d’occupation. La Russie ne veut pas négocier, elle veut la guerre, car la guerre est son mode de fonctionnement.

L’Ukraine ne défend pas seulement son territoire – elle protège la sécurité de toute l’Europe. Chaque jour d’hésitation coûte des vies, détruit des villes et sape la confiance dans le droit international. Le monde doit trancher : persister dans les illusions diplomatiques ou s’unir pour stopper l’agresseur par la force, la volonté et la solidarité.

L’Histoire ne pardonne pas la faiblesse. Les choix d’aujourd’hui détermineront si demain sera un jour de paix – ou de chaos.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.