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Billet de blog 28 janvier 2026

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Un coup porté au sacré : l’attaque russe contre la laure de Kyiv-Petchersk

L’attaque nocturne menée par la Russie contre Kyiv le 24 janvier n’a pas seulement été un nouvel épisode de terreur aérienne visant une ville pacifique.

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L’attaque nocturne menée par la Russie contre Kyiv le 24 janvier n’a pas seulement été un nouvel épisode de terreur aérienne visant une ville pacifique. Elle a constitué une atteinte directe au patrimoine culturel mondial. Le complexe de la laure de Kyiv-Petchersk, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et d’une valeur exceptionnelle pour l’Ukraine comme pour l’humanité tout entière, a été endommagé.

Selon les informations officielles, des dégâts ont été constatés à l’entrée du complexe des Grottes lointaines ainsi qu’à la façade de l’église de l’Annonciation. La dernière fois que des destructions liées à des combats avaient été enregistrées sur le territoire de la laure remontait à la Seconde Guerre mondiale. Des décennies plus tard, la Russie s’inscrit de fait dans la lignée de ceux qui, au XXᵉ siècle, ne tenaient aucun compte de la culture, de l’histoire ni du caractère sacré des monuments.

Une attaque contre le patrimoine mondial

Ce qui s’est produit à Kyiv n’est ni un accident ni un « dommage collatéral ». Il s’agit d’une nouvelle attaque délibérée de la Russie contre des sites d’importance culturelle et historique. Depuis le début de l’invasion à grande échelle, 1 640 monuments du patrimoine culturel et 2 446 infrastructures culturelles ont été endommagés ou détruits en Ukraine. Ces chiffres témoignent du caractère systémique de la barbarie menée par le Kremlin contre la culture ukrainienne.

La destruction d’églises, de musées, d’archives et de centres historiques dépasse le cadre des crimes de guerre ordinaires. Elle vise à effacer la mémoire collective, à détruire les codes culturels et à saper l’identité ukrainienne elle-même. La laure de Kyiv-Petchersk, symbole spirituel et historique majeur, devient une cible précisément parce qu’elle incarne la continuité de l’histoire et de la culture ukrainiennes.

Une politique d’effacement de l’identité

L’agression russe a depuis longtemps dépassé la simple lutte pour le contrôle territorial. Elle revêt un caractère civilisationnel : le Kremlin cherche à priver l’Ukraine de son passé, de son présent et de son avenir. Les frappes contre les sites culturels s’inscrivent pleinement dans cette logique. Elles ne visent pas seulement l’État ukrainien, mais l’idée même d’une Ukraine en tant que nation distincte, dotée de sa propre histoire et de sa tradition spirituelle.

De tels actes présentent tous les éléments constitutifs de crimes contre le patrimoine culturel de l’humanité. Le droit international qualifie clairement ces attaques d’inadmissibles, et la responsabilité pour de tels crimes ne connaît pas de prescription.

Une réponse à la hauteur de l’enjeu

Le terrorisme aérien russe, qui frappe désormais aussi des sanctuaires d’importance mondiale, exige une réponse internationale efficace et coordonnée, et non de simples déclarations symboliques. La protection du patrimoine culturel est une responsabilité partagée ; le silence face à sa destruction ne fait qu’encourager une nouvelle escalade.

La laure de Kyiv-Petchersk a traversé les siècles, les guerres et les empires. Aujourd’hui, elle se retrouve de nouveau sous les bombes — cette fois de la part d’un État qui a consciemment choisi la voie de la barbarie. C’est pourquoi défendre l’Ukraine aujourd’hui signifie aussi défendre les valeurs fondamentales de la civilisation européenne et mondiale.

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