marlene belilos
psychanalyste-journaliste
Abonné·e de Mediapart

45 Billets

0 Édition

Billet de blog 30 mai 2011

Michel Boujut, mon camarade est mort

marlene belilos
psychanalyste-journaliste
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je venais de lire son dernier livre, dont l'écriture avait été pour lui essentielle. " Le jour où Gary Cooper est mort", paru chez Rivages-Payot. J'avais découvert alors un Boujut que je ne connaissais pas si bien que cela, lui en avais fait part, et cela l'avait ravi, comme tout ce qui n'était pas entendu d'avance.

Cette histoire de désertion qui l'avait conduit en Suisse, à la télévision, où je l'avais rencontré.

On a le tort de penser que la vie des gens commence quand on les rencontre.

Nous avions travaillé, et aussi fait la grève, je ne m'étais pas étonné qu'il soit d'accord tout de suite.

Non, je ne connaissais pas cette longue quête de liberté qui avait décidé de sa carrière de critique cinématographique.

Ces cinémas où il se cachait pour ne pas partir "faire la guerre d'Algérie", comme on disait. De la guerre d'Algérie, nous savions peu de choses, des inscriptions sur les murs, "Libérez Pouillon", nous paraissaient énigmatiques. Ce n'est que plus tard que je sus, que ces étudiants algériens croisés à l'Université qui se permettaient de contredire les profs, deviendront ministres du FLN.

Il y a un mois, je l'avais rencontré dans la rue alors qu'il se rendait chez Michel Piccoli pour préparer la présentation qu'il devait en faire dans une librairie.

Je n'avais pu y aller, ce n'était que partie remise.

C'était le 25 avril, ce serait donc la dernière fois que je l'aurais vu.

Michel est mort la nuit dernière, d'une maladie foudroyante.

Il n'y aura plus, ces cafés pris ensemble, le dimanche au marché du boulevard Beaumarchais qui nous permettaient de faire le point. Il avait toujours ce point de vue décalé sur le monde, je savais que je pouvais l'appeler, pour lui demander un avis, une adresse.

N'était-ce pas lui qui avait organisé ce voyage à Paris en 1971, pour obtenir le soutien d'amis français lors de notre licenciement de la télévision suisse, grâce à lui nous avions rencontré les journalistes de Charlie-Hebdo, Jean-Luc Godard, et d'autres.

Généreux de ses adresses, ce qui dans le métier n'est pas fréquent .

Dans la Glâne, près de Fribourg, il avait trouvé des fermes où nous nous étions réfugiés, improvisés fermiers de montagne. C'est là que Thomas son fils et né.

Et Michel écrivait, toujours et toujours.

"C'est un métier", disait-il, "le matin je me mets au travail ça vient ou ça ne vient pas", sentencieux même sur la fin, alors que nous parlions d'un ami, il trouvait qu'il ne travaillait pas assez.

Est-ce de son père, Pierre Boujut, le poète créateur de La Tour de feu, qu'il tenait le métier? C'est toujours difficile à dire. Poète, il l'était, ses articles dans la Charente Libre en témoignaient, il y avait cette tournure particulière, une histoire poétique naissait d'un simple fait.

Plus que cela c'est lui qui me familiarisait la France, avec Mano sa femme, j'avais découvert le meilleur cognac de sa région. Il m'avait raconté que son grand-père prenait toujours la pomme un peu pourri à la cave, et du coup de sa vie, il n'avait mangé que des pommes un peu gâtées.

J'avais découvert et c'est toute une culture, le radis noir, les fèves crues.

Du passé il avait une vue dynamique, pas de complainte nostalgique, Antoine Vitez, Lacan auraient parlé d'un "futur antérieur", il vivait dans le "futur antérieur".

Ses positions politiques avaient évolué, il n'était plus anarchiste.

Voila, Michel Boujut n'est plus là, pour voir les films, pour en sourire si particulièrement, il faudra voir les films sans lui.

On va attendre un peu.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Les agentes du KGB étaient des Américaines comme les autres
Pendant la guerre froide, Russes et Américains arrivent à la même conclusion. Ils misent sur le sexisme de leurs adversaires. Moscou envoie aux États-Unis ses meilleures agentes, comme Elena Vavilova et Lidiya Guryeva, qui se feront passer pendant dix ans pour de banales « desperate housewives ».
par Patricia Neves
Journal — Corruption
Le fils du président du Congo est soupçonné d’avoir blanchi 19 millions d’euros en France
La justice anticorruption a saisi au début de l’été, à Neuilly-sur-Seine, un hôtel particulier suspecté d’appartenir à Denis Christel Sassou Nguesso, ministre et fils du président autocrate du Congo-Brazzaville. Pour justifier cet acte, les juges ont rédigé une ordonnance pénale, dont Mediapart a pris connaissance, qui détaille des années d’enquête sur un vertigineux train de vie.
par Fabrice Arfi
Journal — Écologie
« L’urbanisation est un facteur aggravant des mégafeux en Gironde »
Si les dérèglements climatiques ont attisé les grands incendies qui ravagent les forêts des Landes cet été, l’urbanisation croissante de cette région de plus en plus attractive contribue aussi à l’intensification des mégafeux, alerte Christine Bouisset, géographe au CNRS.
par Mickaël Correia
Journal — Santé
Les effets indésirables de l’office public d’indemnisation
Depuis vingt ans, l’Oniam est chargé d’indemniser les victimes d’accidents médicaux. Son bilan pose aujourd'hui question : au lieu de faciliter la vie des malades, il la complique bien trop souvent.
par Caroline Coq-Chodorge et Rozenn Le Saint

La sélection du Club

Billet d’édition
Besoins, désirs, domination
[Rediffusion] Qu'arrive-t-il aux besoins des êtres humains sous le capitalisme ? Alors que la doxa libérale naturalise les besoins existants en en faisant des propriétés de la «nature humaine», nous sommes aujourd'hui forcé·es, à l'heure des urgences écologique, sociale et démocratique, à chercher à dévoiler et donc politiser leur construction sociale.
par Dimitris Fasfalis
Billet de blog
Leur sobriété et la nôtre
[Rediffusion] Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, et Patrick Pouyanné, directrice et directeurs de Engie, EDF et TotalEnergies, ont appelé dans le JDD à la sobriété. En réponse, des professionnel·les et ingénieur·es travaillant dans l'énergie dénoncent l'hypocrisie d'un appel à l'effort par des groupes qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Un mea culpa eût été bienvenu, mais « difficile de demander pardon pour des erreurs dans lesquelles on continue de foncer tête baissée. »
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
La sobriété, c'est maintenant ou jamais
Le bras de fer en cours avec la Russie autour des énergies fossiles est l’occasion d’entrer de plain-pied dans l’ère de la sobriété énergétique. Pourtant, nos gouvernants semblent lorgner vers une autre voie : celle qui consiste simplement à changer de fournisseur, au risque de perdre toute crédibilité morale et de manquer une occasion historique en faveur du climat.
par Sylvain BERMOND
Billet de blog
De quoi avons-nous vraiment besoin ?
[Rediffusion] Le choix de redéfinir collectivement ce dont nous avons besoin doit être au centre des débats à venir si l'on veut réussir la bifurcation sociale et écologique de nos sociétés, ce qui est à la fois urgent et incontournable.
par Eric Berr