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Billet de blog 3 septembre 2021

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Lecture : Kaoutar Harchi Comme nous existons

Compte-rendu de lecture.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J’ai beaucoup aimé le texte de Kaoutar Harchi Comme nous existons.

Bien sûr c’est un récit comme il y en a beaucoup dans la littérature : un récit de formation, d’entrée dans l’existence et dans l’écriture avec ce que ce passage à l’état social d’écrivain fait à l’inscription dans le réel familial et social de l’auteur. De l’auteure en l’occurrence. Mais le passage de l’intime et du subjectif à ce que l’écriture recèle d’universel partagé est pour moi réussi.

J’ai aimé la délicatesse de l’approche, le récit par petites touches. J’ai aimé les portraits qu’elle fait de ses parents. J’ai aimé la proximité charnelle de sa relation à Hania. Et la manière qu’elle a d’écrire « Parfois c’est ce qu’il m’arrive de ressentir : si j’étais la fille d’une autre mère, Hania la mère d’une autre fille, elle et moi ne serions pas moins liées l’une à l’autre. »

J’ai aimé le projet : « Il fallait écrire, rendre compte de tout ce qui avait été vécu, dit, entendu, éprouvé, car ce n’est que pour cela que tout était arrivé : pour que j’en fasse état un jour. Et que rien de nous, comme nous existons, ne disparaisse. »

Mais ce qui est dans ce « comme » du Comme nous existons c’est d’abord la violence.

Elle raconte très bien avec pudeur et retenue la violence inouïe de l’institution scolaire à travers deux événements. L’un, d’intrusion pure, autour d’un objet caché par sa mère dans sa trousse, l’autre, celui de la dédicace, plus complexe, parce qu’ambivalent, se voulant sans doute bienveillant, mais absolument violent dans l’assignation raciale qu’il exprime.

Je ne voudrais pas ici gommer la part proprement politique de ce texte.
Un des passages les plus forts, pour moi, c’est le moment où Hania, elle qui a passé sa vie à élaborer des stratégies -scolaires notamment- pour mettre sa fille à l’abri de la violence sociale, quand, en 2005, les émeutes consécutives à la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré et leur répression policière se rapprochent de Strasbourg, sort dans la rue et recrute pour la manifestation « en quelques phrases, ce sont des enfants et nous sommes des mères ». Et la narratrice insiste : « Et voyez Hania qui se tient maintenant sur le parvis du centre socioculturel, tract dans une main, pancarte dans une autre, terrifiée et vaillante à la fois »

La sociologue qu’est par ailleurs Kaoutar Harchi ne parle pas dans ce récit autobiographique de transfuge de classe. Du moins pas en ces termes. Elle dit très bien comment les études à l’université l’introduisent à la compréhension du monde et lui permettent de l’habiter : « Je parlais librement, sans gêne ni peur, habitée par ce sentiment au fur et à mesure que ma pensée se développait, qu’assise sur cette chaise, dans cette salle d’université, j’étais à ma place. »

Le thème est là pourtant, quelque peu dénié dans celui du départ, de la séparation « être ailleurs, sans chagrin, ni coupable, ni traitresse, travaillant seulement à nous préparer un avenir ».

Mais l’écriture lui permet de leur offrir un avenir commun. L’écriture est à la fois le lieu qui lui permet « de continuer malgré tout, moi qui haïssais l’idée de rompre et qui rêvais d’une vie aux mondes égaux » et de rejoindre ce monde « où l’égalité serait le seul niveau, une vie totale pour moi et les miens. »

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