ISRAEL : Nouvelle victoire de Netanyahou

Et de quatre ! Benyamin Netanyahou reste à son poste de Premier Ministre de l’Etat d’Israël. Il dépasse ainsi le record de longévité au pouvoir du fondateur du pays, David Ben Gourion...

ISRAEL : Nouvelle victoire de Netanyahou

Et de quatre ! Benyamin Netanyahou reste à son poste de Premier Ministre de l’Etat d’Israël. Il dépasse ainsi le record de longévité au pouvoir du fondateur du pays, David Ben Gourion. Comment expliquer ce succès personnel du Premier Ministre ?

Dans un pays où les inégalités explosent et la perspective d’un règlement du conflit avec les Palestiniens s’éloignent de plus en plus, cette élection s’est transformée en un référendum pour ou contre « Bibi ». Le verdict est clair : Le Likoud (droite) se trouve au coude à coude avec  le parti créé par Benny Gantz, ex-chef d’état-major de Tsahal. Mais les réserves de voix (en particulier celles venant de l’extrême droite) donnent une majorité nette (65 voix sur 120) pour le Premier Ministre actuel.

De plus, le Parti Travailliste s’effondre littéralement avec seulement six sièges dans la prochaine assemblée à la Knesset. Défaite historique pour le principal parti de la Gauche israélienne qui continue sur la pente glissante de l’effacement politique. En parallèle, les forces d’extrême droite confirment leurs enracinements dans la société Israélienne. Il semble bien que les affaires de corruption, les enquêtes en cours et la remise en cause de la probité de Netanyahou ne furent pas décisives dans le choix des électeurs et électrices.

Ce qui explique ce succès, c'est la stratégie de polarisation choisie par Benyamin Netanyahou, adossée à une économie plutôt en bonne santé sur le plan macro-économique et à des « succès » diplomatiques importants pour Israël : Soutien de l’Amérique de Trump, de la Russie de Poutine, de l’Inde de Modi, du Brésil de Bolsonaro, de l’Arabie Saoudite de Ben Salman et de l’Egypte d’Al Sissi. Cette coalition de pays aux régimes différents mais aux caractéristiques proches : populisme d’extrême droite, autoritarisme, bellicisme et unilatéralisme permet à Netanyahou la réalisation d’objectifs essentiels aux yeux de nombreux citoyens : Construction du mur de séparation, constitutionnalisation du caractère juif de l’Etat d’Israël, annexion des territoires occupés, reconnaissance de Jérusalem comme capitale.

Cette nouvelle élection marque la fin du processus de paix de 1992. La faiblesse, les divisions des forces politiques palestiniennes et le manque de volonté (ou la peur) de la « communauté internationale » à faire respecter le droit international accentue le sentiment de toute puissance du Premier Ministre d’Israël. Et ce n’est pas le plan de « paix révolutionnaire » que promet le Président Trump qui va pouvoir rassurer les Palestiniens. La paix ne se construit jamais sur l’humiliation du partenaire. La paix par la force ne crée que du ressentiment et in fine de nouvelles violences.

Benjamin Netanyahou vient de remporter un nouveau succès politique. Il semble bien en mesure d’imposer sa vision libérale et sécuritaire sur le plan intérieur tandis qu’il prépare une politique extérieure basée uniquement sur la force que lui procure ses alliés internationaux. Mais cet état d’hubris pourrait aussi constituer une sorte de victoire à la Pyrrhus. Les Palestiniens ne se résigneront jamais à cette paix imposée par d’autres, les forces progressistes en Israël (même affaiblies)  existent encore, et les vrais amis d’Israël continueront inlassablement à défendre l’idée d’une solution équilibrée à deux Etats vivant dans la paix, la coopération et l’amitié.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.