BLACROCK: ATTENTION DANGER !

Connaissez-vous T.RAWE PRICE, CAPITAL RESEARCH, VANGUARD GROUP, BLACKROCK ?

BLACKROCK: ATTENTION DANGER!

Connaissez-vous T.RAWE PRICE, CAPITAL RESEARCH, VANGUARD GROUP, BLACKROCK ? Non. Cela ne vous dit vraiment rien. Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls dans ce cas. En effet, peu de monde à l’exception de quelques professionnels de la finance, répondent par l’affirmative à cette question. Pourtant, loin d’être anecdotique, ces sociétés dites de « gestion d’actifs » brassent environ seize mille milliards de dollars de fonds. Montant faramineux qui provient de différentes sources : fonds de pensions, produits financiers pour particuliers (les ETF ou exchange trades funds), fonds souverains ou acteurs institutionnels.

Chargées, par des milliers de particuliers (via les fonds de pension) de placer l’épargne de leurs clients en vue de s’assurer une future retraite, ces entreprises occupent une place centrale au cœur du système financier international. Parmi celles-ci, la société BLACKROCK en est incontestablement le leader.

Fondée en 1988 à New York et actuellement gérée par Laurence (« Larry ») Fink, BLACKROCK emploie 13500 employés dans le monde. Ces salariés gèrent près de 7000 milliards de dollars d’actifs, soit le 3ème PIB mondial après les USA et la Chine mais devant des pays comme le Japon, l’Allemagne ou la France. Présent principalement aux États-Unis (60 % de ses investissements), la firme envisage de développer ces activités en Europe et en Asie (30 % environ de son activité à l’heure actuelle) dans les années à venir. Presque insignifiante il y a dix ans, l’influence de BLACKROCK ne fait que croître depuis la crise financière de 2008 et la chute de grandes banques comme LEHMAN BROTHERS ou d’acteurs institutionnels tels FREDDIE MAC ou FANNY MAE.

Cette montée en puissance s’explique en partie par deux phénomènes complémentaires :

1) En pleine crise financière, alors que la confiance est rompue et que les États s’apprêtent à « sauver les banques », les choix d’investissements de la société de Larry Fink s’avèrent solides.

2) Cette crise financière, qui bascule vite dans une crise économique, sociale, politique et institutionnelle oblige à agir vite. Les agences de notations traditionnelles (Moody’s, Standard and Poor’s, Fitch) ou les banques d’affaires (JP MORGAN, GOLDMAN SACHS, UBS) étant hors-jeu, le trésor Américain (son directeur d’alors Timothy Gardner sera par la suite nommé secrétaire au Trésor par Barack Obama) choisi de faire appel à BLACKROCK afin d’évaluer l’étendu des dégâts. Décision d’autant plus compréhensible que Larry Fink se trouve être adhérent du Parti Démocrate.

Dorénavant installé au cœur du pouvoir Américain, BLACKROCK déploie une stratégie de communication et d’investissement fort habile autour de deux priorités :

1) Respect des critères ESG (environnement, social et gouvernance).

2) Prise de participation minoritaire (en général pas plus de 10% des parts d’une société) dans un panel très large d’entreprises cotées en bourse.

Loin d’être anecdotique, cette stratégie donne à la firme de New York la possibilité de siéger au sein de plusieurs conseils d’administration. Position essentielle pour pouvoir influencer discrètement les dirigeants et peser sur la gouvernance des entreprises. Pouvoir peser sans jamais prendre directement le contrôle des sociétés visées, telle semble être la ligne politique de BLACKROCK. Bref, un actionnaire minoritaire mais actif dans la préservation des intérêts de ses clients.

Cependant, cette puissance acquise par BLACKROCK commence par inquiéter beaucoup de monde. De plus en plus d’économistes, de journalistes et de citoyens alertent sur le danger systémique que représente BLACKROCK. Loin de suivre ses propres recommandations, l’entreprise choisie d’investir dans des sociétés dont le respect des critères ESG ne saute pas aux yeux (secteur du pétrole et de l’armement par exemple). La logique purement capitaliste prend clairement le dessus sur le respect de normes éthiques. Business is Business.

Mais d’autres questions viennent percuter l’image lisse et humaniste que souhaite donner la firme au monde extérieur. La première de ces interrogations concernent ce que les spécialistes appellent la propriété commune. Il s’agit pour une entreprise d’entrer dans le capital de plusieurs sociétés d’un même secteur d’activité normalement concurrente. Cette situation pourrait avoir des répercussions néfastes sur les prix, l’investissement, l’innovation et in fine aboutir à la faillite et provoquer ainsi des licenciements massifs.

La deuxième grande interrogation se focalise sur l’outil phare que BLACKROCK développe depuis quelques années : ALADDIN (pour Asset, Liability, Debt an DerirativeDerirativet Network ou en français réseau d’investissement en actifs, passifs, dettes et dérivés). ALADDIN, système conçu par BLACKROCK Solutions (division de la gestion des risques de la maison mère) s’appuie sur les algorithmes et l’intelligence artificiel afin d’analyser et de limiter les risques liés aux investissements. Hors, pour assurer un fonctionnement optimal, ALADDIN doit se nourrir d’un nombre conséquent de données. Dès lors, une question à 7000 mille milliards de dollars se pose: Larry Fink et les dirigeants de BLACKROCK manipulent t-ils l’argent de millions de clients (Américains principalement) dans le but d’accumuler une masse critique d’information que seul ALADDIN sera susceptible de traiter, d’analyser et bien sûr de faire fructifier ?

Troisième interrogation. Et peut être la plus essentielle pour la pérennité de nos systèmes de protection sociale. Le cœur de métier de BLACROCK ( et des autres sociétés de gestion d’actifs) reste d’assurer à ses clients des placements financiers les plus « sûrs » possibles et verser des pensions à des millions de travailleurs au jour de leur retraite. Ce que Larry FINK appelle le « SENSE OF PURPOSE » de l’entreprise. Cette raison d’être, comme le dit Jean-François CIRELLI*, représentant en France de BLACKROCK, démontre « l’utilité sociale » de cette société. Loin de chercher le profit à tout prix, les entreprises de gestion d’actifs participent au « sauvetage » de notre système de retraite par répartition. Pour ce faire, il encourage les décideurs politiques à mener des réformes courageuses afin de favoriser des dispositifs de retraite par capitalisation (PERCO, Assurance vie, etc.).

Ce discours sur la complémentarité entre système de retraite par capitalisation et système de retraite par répartition ne trompe personne. A par peut être les naïfs ou ceux qui feignent de l’être. L’objectif est clair et assumé: Supprimer petit à petit le système par répartition et promouvoir le système par capitalisation, gage soi disant d’efficacité et de modernité. Il s’agit de détourner les milliards d’euros mutualiser et solidairement partagé vers une individualisation du risque. Assurer aux banques, assurances et sociétés de gestion d’actifs un nouveau marché aux perspectives de profits croissants. Mais situation cauchemardesque pour des millions de personnes, esclaves et futures victimes de la fluctuation des cours de Bourses pour le versement de leurs pensions de retraite.

Concluons provisoirement ce voyage dans le monde merveilleux de Larry FINK et de BLACKROCK par un détournement d’une citation célèbre : « Les entreprises n’ont pas d’amis, elles n’ont que des intérêts ». Espérons que les millions de salariés, et particulièrement en France dans les mois à venir, saurons se souvenir de cette phrase et défendrons, eux aussi, leurs intérêts face à la cupidité sans fin des marchés financiers.

* Jean-François CIRELLI, ex directeur du trésor en France, ex conseiller de Jacques Chirac, ex-dirigeant d’ENGIE

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