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Billet de blog 7 octobre 2011

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Voter aux primaires, pour quoi faire?

Bonjour à tous les lecteurs, je propose un texte écrit dans un autre environnement mais je pense qu'il peut tout à fait être pertinent dans la sphère Médiapart. Pour un révolutionnaire ne pas être avec le peuple dans un combat démocratique est une erreur stratégique et philosophique...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bonjour à tous les lecteurs, je propose un texte écrit dans un autre environnement mais je pense qu'il peut tout à fait être pertinent dans la sphère Médiapart. Pour un révolutionnaire ne pas être avec le peuple dans un combat démocratique est une erreur stratégique et philosophique...

Références des textes évoqués:

http://www.gabrielamard.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=280:primaire-socialiste&catid=38:notescat&Itemid=53

http://www.moulinier.info/article-primaires-socialistes-pourquoi-je-n-irai-pas-voter-le-9-octobre-85883740.html

VOTER AUX ELECTIONS PRIMAIRES

Du Parti socialiste

Pour quoi faire ?

Réponse au camarade Gabriel Amard et autres Bonjour camarades,

« Bien sûr, se pose la question immédiatement derrière, « pourquoi faire »? »

La question que pose le camarade Gabriel Amard serait-elle mal posée ? En effet la vraie question est « pour quoi faire ? » et non le pourquoi du faire !...Ceci à propos de la nouvelle version du Sénat « passé à gauche ». Ce que je trouve un peu compliqué à apprécier c'est le vocabulaire que l'on emploie dans nos textes à propos des différents événements récents et les contradictions qui les accompagnent. Il est acceptable de dire que le Sénat passe à gauche mais les vainqueurs ne sont pas de gauche parce qu'ils sont influencés par l'idéologie libérale. Je ne suis pas socialiste mais j'essaie d'être pertinent et honnête alors ce genre de contradiction me gêne quelque peu. Le camarade avance que le Sénat est une assemblée qui peut bloquer les réformes libérales soutenues par le pouvoir alors que cette assemblée n'est pas du tout aussi puissante qu'il le croit : le Sénat est une assemblée consultative chargée d'étudier et de proposer des amendements aux projets de loi mais n'a jamais eu la capacité de bloquer les institutions. Se servir de cet aphorisme pour en déduire une démarche politique est pour le moins hasardeux.

Le problème de participer ou non à la primaire socialiste est plus complexe qu'il n'y paraît et ne saurait se satisfaire de propos incantatoires, et même s'en tenir à une affirmation définitive de voter utile, ce que d'ailleurs on a reproché au discours des socialistes. J'ai partagé vos interrogations et vos hésitations quant à "l'utilité" de cette participation. Je pense avoir fait le tour de ça et pris ma décision.

Ce qu'il faut considérer dans cette situation c'est le bénéfice en termes de, démocratie, de situation politique favorable, de dynamique populaire, et enfin de rapport de forces!

Certes il est évident que les positions politiques de "l'idéologie" du Parti socialiste ne nous satisfont pas et qu'elles laissent la part belle aux approches néolibérales de maintien de l'exploitation des classes populaires et des citoyens.

En fait il y va de l'analyse factuelle de la situation créée par l'existence de cette « élection ».Dans analyse factuelle j'inclus la perception populaire de cet événement. Si l'on veut bien considérer que l'opinion, même si elle est travestie, manipulée est devenue un élément du rapport de forces, social, politique, économique voire moral entre les différentes catégories sociales de la société française alors il faut évaluer cet événement autrement qu'en termes idéologiques et simplistes liés à un comportement archaïque de classe nous cantonnant dans une approche simplement électoraliste.

En effet le fait de participer à cet événement en nombre et en masse serait à lui seul un élément de succès populaire et démocratique face à une droite qui ne table plus que sur une approche manichéenne et pervertie de l'acte citoyen du vote démocratique. Faut-il rappeler le mépris de la droite face au vote populaire opposé au Traité Constitutionnel Européen ? Les dirigeants acquis au monde de l'argent utilisent maintenant les acquis politiques des siècles passés comme des instruments de domination par l'opinion, la fameuse fabrique du consentement, les médias et aussi bien sûr la publicité dévoyée. Comment ne pas voir que le dépit des dirigeants UMP et des classes possédantes face à cette activité démocratique n'est pas que événementiel mais plus profond qu'il n'y paraît ; pour une fois les classes oligarchiques voient se dérouler un événement politique sur lequel elles n'ont aucune prise et cela leur provoque une certaine angoisse...Il faut s'appuyer sur ce genre d'événement, en faire un succès populaire et ainsi influencer le débat de la prochaine élection présidentielle.

Or que se passe-t-il avec cet événement de la primaire socialiste ? Les citoyens se retrouvent à prendre goût au débat, à considérer qu'ils ont accès au pouvoir, qu'ils ont enfin droit à participer à l'élaboration d'une décision qui n'est pas aussi anodine que le seul fait de dire qu'il faut voter utile...Il faut sortir d'un certain sectarisme idéologique qui n'est que sclérosant et non productif !...

Et il faut accepter les contradictions que cette participation à ces primaires entraîne, j'en suis bien conscient. Mais quel énorme bénéfice politique cela serait si le peuple français dans une large proportion participait à cet événement...Mais aussi quel énorme tremplin pour le Front de Gauche si par exemple les candidats ou le (la) candidat(e) les plus à gauche étaient au second tour de cette primaire, et si le vainqueur était tout simplement celui qui a refusé de voter comme son parti au référendum sur le Traité constitutionnel, en appelant à voter Non ? Quel crédit à nos idées nous pourrions y trouver, cela serait indubitablement un tournant dans le débat démocratique !!

Non, le bénéfice politique ne serait pas que partisan, socialiste, il serait un bénéfice populaire où les propositions du Front de Gauche seront plus écoutées plus crédibles, en ne méprisant pas cet événement et en avançant ses propositions antilibérales et démocratiques à la faveur de l'évolution du débat. Les citoyens en ont assez des querelles de chapelle et les clivages idéologiques ne traversent pas les couches sociales au sens où on l'entend, c'est faux de s'en tenir à une approche de cette nature ; on a besoin de réalisme et de ne pas sous-estimer la dialectique du combat politique. La conviction ou la croyance que nous serions les seuls à avoir raison est un piège qui nous éloigne de la démocratie et auquel il ne faut pas succomber. La politique est un combat qui doit se servir de tous les outils à sa disposition.

« Ces primaires consacrent la présidentialisation du régime et redéfinissent la vie politique essentiellement comme une lutte de personnes.
Je n'irai pas voter aux "primaires"
Personnellement, je ne veux pas cautionner cette démarche faussement démocratique. Je n'irai pas voter dimanche 9 octobre. Je soutiens le Front de Gauche, son programme partagé et son candidat Jean-Luc Mélenchon »

J'ai relevé ce passage du texte d'Henri Moulinier sur le site du PG17 daté de ce jour jeudi 6 octobre. Qu'en penser ?

Tout d'abord la présidentialisation du régime est depuis longtemps consacrée et fait partie d'une des composantes de notre démocratie. Voulons-nous pour autant en revenir à un régime d'assemblées ? Aucun programme n'est au clair sur ce point.

Quant à la « démarche faussement démocratique » je suis un peu choqué par cette affirmation qui fait plus appel au ressenti de l'auteur qu'à une réalité palpable. Je suis surpris qu'aucun de ces auteurs de Gabriel Amard à Henri Moulinier ne prennent en compte cette réalité du rapport de forces au sein de la gauche en se cantonnant à « l'esprit de chapelle ».Ce comportement enfantin de toujours penser qu'on a raison est la première cause des divisions de la gauche. Pourquoi aussi penser que les « primaires » sont un piège ? Qu'on le veuille ou non elles sont devenues un fait politique, mais peuvent aussi être un outil politique auquel on ne répond que par le quant à soi ce que les citoyens jugeront sans doute puéril et improductif.

Aussi camarades je vais aller voter aux primaires socialistes...

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