Élections au Royaume-Uni : Money power contre people’s power

Les deux véritables forces qui s’opposent dans cette élection, les Travaillistes et les Conservateurs, sont diamétralement opposés.

La course électorale du 12 décembre au Royaume-Uni est une lutte à deux adversaires. Le parti du « centre », les Liberal Democrats (Lib-Dems), est en chute libre.

Les divisions autour du Brexit qui ont émergé au cours des derniers mois ont permis aux Lib-Dems d'accueillir des « Travaillistes de droite » et des « Conservateurs de gauche ».

Leur chef, Jo Swinson, a choché le public dans une récente entrevue télévisée. Lorsqu’on lui a demandé si elle serait prête à utiliser l’arme nucléaire, elle a répondu un « Oui! » retentissant.

Mais, c’est avant tout la complicité des Lib-Dems avec les Conservateurs dans les politiques d’austérité (dans le gouvernement de coalition de 2010 à 2015) qui a amené nombre de critiques à les qualifier de « Conservateurs lite ». Durant cette période, Swinson a voté 800 fois avec les Conservateurs (davantage que certains députés conservateurs!)

Les deux véritables forces qui s’opposent dans cette élection, les Travaillistes et les Conservateurs, sont diamétralement opposés.

D’un côté, le Parti conservateur qui compte 190 000 membres est avant tout financé par des donations de milliers et de millions de livres sterling. Dans cette campagne, son programme est pratiquement inexistant, leur seul message étant « Get Brexit Done! ». Presque tous les grands média l'appuie.

De l’autre, le Parti travailliste qui compte plus de 500 000 membres est financé par des dons de 25 livres sterling en moyenne. Son programme détaillé propose une Nouvelle révolution industrielle verte pour faire face aux changements climatiques et renverser l’austérité et la fiscalité en faveur des 95% (en plus des grandes entreprises, seuls 5% des gens, ceux gagnant plus de 80 000 livres par année, verront leur impôt augmenter). Il a la sympathie des petits médias, souvent en ligne et possède une armée de membres circulant l’information sur les média sociaux.

Mais la grande différence c’est l’implication des membres dans la lutte électorale. « Ils ont l’argent, mais nous avons les gens » répète les supporters travaillistes.

De nouvelles formes d’organisation ont émergé au-delà du démarchage de porte-à-porte traditionnel organisé dans chaque circonscription.

Momentum, une organisation née en 2015 pour soutenir la candidature de Jeremy Corbyn comme chef du parti, a mis en place des innovations.

Une carte interactive permet aux activistes d’aller faire campagne là où c’est le plus nécessaire : dans les circonscriptions « marginales », là où la différence de votes entre les Travaillistes et un autre parti est faible. On a pu voir des groupes de 50-60 personnes venant d’un peu partout faire du démarchage dans des quartiers ciblés de ces circonscriptions.

L’organisation des activités – le démarchage, le contact par téléphone, par texto, la circulation d’information sur les réseaux sociaux – a été décentralisé et des milliers de membres sont du jour au lendemain devenus organisateurs et organisatrices. Leurs activités sont coordonnées grâce à des centaines de groupes d’affinités sur whatsapp.

Des appels conférences réunissant des milliers de participant.e.s discutent du programme et des actions possibles, notamment la production de videos par tous et toutes (#videosforthemany).

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Mais la grande nouveauté dans cette élection, c’est le niveau d’engagement très élevé des membres. Plus de 1500 personnes ont mis de côté leur emploi et se sont engagés à travailler un minimum d’une semaine là où on a besoin d’elles. Des dizaines de milliers utilisent leur temps libre pour faire campagne. On a vu des « Marches pour Labour » émerger dans des quartiers.

Tout ce travail semble porter fruit. Le dernier sondage de BMG Research indique qu’en une semaine l’avance des Conservateurs sur les Travaillistes aurait chuté de 13% à 6%.

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