De la dignité de la vie

J'aborde ici toute une réflexion sur la consommation des protéines animales au regard de la santé, de la condition humaine, de l'influence de la religion et des modes de pensée de nos sociétés.

Plus personne aujourd’hui ne doute du fait que les animaux (porcs, bœufs, vaux, poulets…) dont les êtres humains s’alimentent dans la plupart des pays du globe, sont doués de sensibilité, tout comme l’être humain. Ils ressentent du plaisir et de la douleur, de la joie et de la tristesse…

Plus personne n’ignore non plus qu’en 2019, on peut se nourrir avec une alimentation saine et apportant un équilibre nutritionnel sans manger de protéines animales*. Et un continent entier comme l’Inde a une majeure partie de sa population qui ne mange pas de viande, de poissons, d’œufs… et qui s’en porte très bien.

Nous savons que pour « produire » (ce terme en lui-même est assez terrible sachant que l’on parle de « quelque chose » issu de formes de vie proches de la nôtre, contrairement à un iPhone, que l’on peut lui « produire ») assez de viande pour nourrir l’ensemble de la population d’un pays comme la France sur la base de la consommation actuelle, les animaux doivent être élevés dans des élevages industriels que l’on peut qualifier dans bien des cas de « camps de concentration » pour animaux. Cette comparaison pourra choquer, mais pour qui aura vu un documentaire de l’association L214, elle aura tout son sens. Je vous recommande de regarder l’émission Cash Investigation d’Elise Lucet – que l’on ne saurait taxer de militante végane - du 27 juin 2019 (à partir de 1:11 :00) pour vous en convaincre.

Avant l’arrivée d’Internet et du partage des vidéos grâce au haut débit et aux plateformes de diffusion comme YouTube, l’industrie agro-alimentaire et les champions du marketing arrivaient à nous faire croire que les protéines animales arrivaient dans nos assiettes comme par une opération du Saint-Esprit, sans que nous puissions nous imaginer les dessous effroyables de la réalité. Aujourd’hui il n’en est rien. Aujourd’hui on sait. Aujourd’hui on peut savoir.

Sur des milliers d’années d’histoire de l’humanité, l’esclavage – qui considérait une forme de vie humaine comme inférieure à une autre et son asservissement comme normal – n’a disparu qu’il y a moins de 250 ans ! Quand on y pense, on ne peut être que dubitatif face à la capacité (ou à l’incapacité) de l’être humain de reconnaître le caractère sacré de la vie, puisqu’il n’y a qu’un peu plus de 200 ans qu’il reconnaît l’égalité au sein de sa propre espèce.

Des religions comme le christianisme ont inscrit dans leurs textes le fait que l’homme pouvait asservir la nature et se servir des formes de vie animales pour se nourrir. Et cet anthropocentrisme est devenu « une vérité » dans l’inconscient collectif, sans être remis en question. Mais en fait, en vertu de quoi l’être humain aurait-il un droit de vie et de mort, pour son propre plaisir, sur d’autres espèces ? On parle en effet de plaisir puisqu’aujourd’hui, comme nous l’avons vu, nous n’avons pas besoin de manger de viande ou de poisson pour être en bonne santé et avoir une alimentation équilibrée. Et les récentes études de l’OMS ont même montré que la consommation de viande rouge et de viande transformée (jambon, charcuterie…) était (très) nuisible pour la santé.
Certains vous diront alors que la prédation est dans l’essence même de la nature puisque les animaux chassent pour manger. Mais justement, nous ne sommes pas des animaux (comme les autres) puisque nous avons non seulement la capacité de produire une alimentation végétale saine et complète, mais nous avons la capacité de conscience du respect de la vie, que les animaux n’ont pas. Nous comparer aux animaux, ou aux animaux que nous étions il y a des milliers d'années, pour justifier de manger des protéines animales au 21e siècle est donc un pauvre raisonnement de facilité.

La théorie de l’évolution des espèces de Darwin raconte comment les différentes formes de vie ont évolué sur la base de ce que l’on a appelé par simplification « la loi du plus fort ». Mais la description du passé justifie-t-elle la construction du futur ? Si l’on répond oui, alors pourquoi n’a-t-on pas conservé l’esclavage ? Pourquoi développe-t-on des politiques d’aide aux personnes les plus faibles ? Selon ce raisonnement, ne devrait-on pas laisser les plus faibles à leur misère, puisque « telle est l’histoire de l’évolution ? »…  On voit bien que cela ne tient pas debout (pour qui a une moindre conscience de son « humanité »). L’évolution de l’être humain l’a ainsi amené à prendre progressivement de plus en plus conscience de la dignité de la vie humaine.

Le réchauffement climatique l’amène actuellement à remettre en question son anthropocentrisme puisque l’exploitation et l’asservissement à outrance de la nature et de ses ressources a créé la situation que nous connaissons aujourd’hui et dont plus personne ne doute (à part peut-être le président américain).

En parlant de réchauffement climatique, vous ne pouvez pas ignorer qu’on estime que 25% de ce dernier a pour cause les élevages d’animaux à destination de l’industrie agro-alimentaire. Donc, pour ceux d’entre vous qui ne le saviez pas, quelqu’un roulant en 4X4 mais ne mangeant pas de viande contribue moins au réchauffement climatique que quelqu’un qui roule à vélo mais qui mange de la viande quotidiennement ! En effet, les élevages d’animaux carnés génèrent ¼, bientôt presque 1/3  au rythme où nous allons, du gaz à effet de serre !

Ne vous laissez pas non plus enfermer dans le discours bipolaire « spécisme ou antispécisme ». Ce serait comme de vous laisser croire qu’il n’existe que le blanc ou le noir sans toutes les nuances de gris et sans toutes les couleurs. Nous ne sommes en effet pas ici pour justifier de la supériorité ou non, de l’égalité ou non d’une espèce, mais pour voir comment respecter le plus possible la dignité de la vie de chaque espèce. Ce changement d’optique va faire basculer complètement le paradigme sur le sujet des animaux et de leur consommation.

L’autre argument qu’il faut absolument déconstruire est celui de : « Puisqu’on ne peut pas tout faire, alors autant ne rien faire ». Sous-entendu : « Parce qu’on ne peut pas préserver complètement tous les animaux que nous mangeons puisque nous en avons créé des élevages dont on ne saurait que faire, puisqu’on ne peut pas remettre en question du jour au lendemain les habitudes alimentaires de la population, restructurer l’industrie alimentaire… et bien ne faisons rien ».

Cette logique du « puisqu’on ne peut pas tout faire tout de suite, alors ne faisons rien », est pourtant celle qui est utilisée par de nombreux défenseurs de la nourriture de protéines animales. Ils vont même créer des amalgames en vous disant que puisque vous ne pouvez pas vous empêcher de tuer des moustiques, alors continuez à manger du bœuf.  On écrase ou tue un moustique lorsqu’il nous est nuisible, non pas pour satisfaire notre plaisir. C’est pourtant uniquement le cas lorsque l’on mange du bœuf.

Or si, c’est au contraire en faisant les choses progressivement que l’on peut restructurer en douceur tant des habitudes alimentaires que des pans entiers de l’industrie agro-alimentaire.  C’est en agissant là où l’on peut agir facilement, sans que cela nous occasionne de désagrément majeur, que l’on peut changer les choses.

Pourquoi ne pas commencer par ne plus manger de la viande que quatre fois par semaine par exemple. Pourquoi ne pas réduire l’insémination artificielle des animaux pour leur reproduction, pourquoi ne pas obliger à des normes sanitaires effectives dans les élevages etc.

C’est peut-être malheureusement parce que l’être humain est capable de faire abstraction de la réalité lorsqu’il s’agit d’assouvir son plaisir et ses désirs, qu’il peut continuer à manger des protéines animales malgré toute l’horreur (et de surcroit les conséquences dramatiques pour le réchauffement climatiques – donc pour l’avenir de l’humanité et pour sa santé) dont sont issues ces dernières. A l’approche de noël, comment peut-on acheter du foie gras lorsque l’on connaît les conditions de sa production, si ce n’est de par de pouvoir d’abstraction de la réalité et ce manque de respect pour le caractère sacré de la vie ?

Il en va de la même façon lorsqu’il accepte de porter des vêtements fait par des « enfants-esclaves » en chine, en Inde ou au Pakistan pour la seule raison qu’ils ne sont pas chers.

Mais finalement face à l’incapacité de la majorité de la population à voir, notre salut viendra peut-être de l’effet de mimétisme des élites, puisque l’on sait qu’aujourd’hui tous les milliardaires de la Silicon Valley sont végane et ne jurent que par le Quinoa. En quête d’immortalité, ils sont en effet très bien informés sur les conséquences négatives de l’alimentation d’origine animale sur leur santé. Le peuple a souvent voulu imiter les élites, et à défaut d’une prise de conscience immédiate, cet effet de mimétisme aura peut-être un impact sur le changement des habitudes alimentaires dans le court et moyen terme.

 

Sortir de l’anthropocentrisme, qui place l’être humain au centre de tout, pour placer la vie au centre de tout, changera la destinée de l’humanité. L’asservissement de la nature depuis des années sur la base du paradigme de « l’homme est au centre de tout » a amené notre planète dans l’état que l’on connaît aujourd’hui, aussi est-il temps de changer de paradigme et de placer la dignité de la vie au centre de toute réflexion et de toute action.

 

 

 

 

 

* seule la prise de vitamine B12 s’avère nécessaire en l’absence totale de protéine animale.

 

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