Les pays nordiques en Pôle position pour la conquête de l'Arctique

Avec le réchauffement climatique, l'Arctique est une question de plus en plus brûlante pour les pays nordiques, ce que des documents récemment dévoilés par Wikileaks et le tout récent sommet du Conseil de l'Arctique sont venus confirmer.

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Le 11 mai dernier se tenait à Nuuk, la capitale administrative du Groënland, le 7e sommet interministériel du Conseil de l'Arctique. Cette instance créée en 1996 et qui réunit les États-Unis, le Canada, la Suède, le Danemark, la Norvège, la Finlande, l'Islande et la Russie, a pour objectif de coordonner les politiques des pays qui président à la destinée de cette zone de 30 millions de km² (pour 4 millions d'habitants).
Ce septième sommet était crucial. C'était en effet la première fois qu'un Secrétaire d'État américain - en l'occurence Hillary Clinton - se rendait à un sommet du Conseil de l'Arctique, soulignant l'importance stratégique nouvelle prise par cette région depuis quelques années.

 

Une région cruciale

 

Le réchauffement climatique et les moyens techniques de recherche et de navigation rendent l'exploitation des ressources naturelles et le déplacement dans cette zone inhospitalière de plus en plus faciles. En vertu de la Convention de l'ONU sur le Droit de la Mer (que les États-Unis n'ont toujours pas ratifié), les pays côtiers ne disposent que de 200 miles (322 km) de souveraineté au delà de leurs côtes. Ainsi, par expéditions scientifiques interposées, les pays limitrophes tentent de prouver que le sous-sol de l'Arctique est la continuité de leurs territoires, ce qui leur donnerait le droit de disposer des ressources (25 % des gisements de gaz et pétrole non encore découverts) qui s'y trouvent.
L'enjeu réside aussi dans le contrôle des routes maritimes, devenues de plus en plus praticables à mesure que le réchauffement climatique fait reculer les glaces. Les passages du Nord-Est (au Nord de la Sibérie) et du Nord-Ouest (à travers l'archipel canadien) permettent aux navires d'économiser plusieurs milliers de kilomètres entre l'Asie, l'Europe et les États-Unis.

 

Course au Pôle


Cette compétition larvée s'est tendue en 2007, lorsque deux sous-marins russes se sont rendus au Pôle Nord géographique, au fond de l'océan, afin d'y planter un drapeau et de prélever des sédiments, dans l'espoir de prouver que la dorsale de Lomonossov relie bien la Russie et le Pôle Nord. L'enjeu est de taille : si cette continuité entre le plateau continental sibérien et le Pôle est reconnue par l'ONU, la Russie obtiendra le droit d'exploiter les d'hydrocarbures présents dans le sous-sol de cette zone, qu'on estime à environ 10 milliards de tonnes, répartis sur plus d'un million de kilomètres-carrés.

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Le drapeau russe planté sur le Pôle Nord géographique (DR).


Cette initiative avait déclenché de virulentes réactions. Le ministre canadien des affaires étrangères avait alors déclaré : « Nous ne sommes plus au 15e siècle ! On ne peut plus parcourir le monde, planter des drapeaux et dire : 'nous revendiquons ce territoire' ! » Les prétentions territoriales sont d'autant plus attisées que l'on s'aperçoit depuis quelques années que le recul des glaces intervient plus vite que prévu.
On est ainsi entré, il y a une dizaine de jours, dans une nouvelle phase de cette course au Pôle. La radio publique danoise a révélé que son gouvernement s'apprêtait à faire une demande officielle pour faire reconnaître à l'ONU sa souveraineté sur un certain nombre de zones autour du Groënland et des Îles Féroé, Pôle Nord inclus. Cette demande fait suite à de nombreuses campagnes d'exploration scientifiques conduites ces dernières années, dont la dernière, en 2009, avait suscité beaucoup d'espoirs du côté danois. Le gouvernement danois entend également réorganiser ses capacités militaires dans l'Arctique, en créant notamment une série d'unités spéciales et de commandos capables d'intervenir sur la zone.

 

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(Crédits Wikimedia)


Les réactions ont été jusqu'ici mesurées, les Canadiens ayant notamment salué cette avancée effectuée dans le cadre du droit international. Peu de chance cependant que cette demande fasse l'unanimité, notamment du côté Russe.

 

Wikileaks et la Chine sont de la partie

 


Par ailleurs, une série de câbles diplomatiques révélés par Wikileaks donne une image plus précise de la course de vitesse qui se joue dans ces eaux glacées. On y apprend, dans un télégramme daté de 2007, que les États-Unis tiennent absolument à renforcer leur l'influence au Groënland, qui détient une position stratégique. Ce territoire semi-indépendant prend de plus en plus ses distance avec le Danemark (dont il est un Territoire d'Outre-Mer), ce que les États-Unis voient comme une opportunité pour l'implantation de compagnies pétrolières et gazières américaines.

 

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(Crédits : Wikimedia).


 

Les Américains redoutent également le poids croissant de la Chine dans la région. Cette dernière a même récemment demandé le statut d'observateur au Conseil de l'Arctique, qui lui a été refusé. En plus des des trois stations d'explorations chinoises déjà présentes dans la zone, le géant asiatique a également entamé la construction d'un brise-glace, opérationnel d'ici à 2013, qui viendra renforcer sa mobilité dans l'Océan Arctique.
Enfin, les câbles montrent également l'inquiétude croissante des américains quant aux velléités territoriales de leurs voisins canadiens, qui ont, avec Moscou, demandé à l'OTAN de se tenir à l'écart de l'Arctique.
La bataille pour l'Arctique est loin d'être terminée. L'ambassadeur de la Russie à l'OTAN, cité par un des câble diplomatiques, l'a bien compris. « L'OTAN sait très bien d'où vient le vent dans la bataille pour les ressources naturelles », dit-il, « il vient du Nord. » Le chef de la marine russe, l'amiral Vladimir Vysotsky, s'est montré encore plus clair : « Même si l'Arctique connaît pour le moment la paix et la stabilité, on ne peut pas exclure qu'il y ait dans le futur une redistribution du pouvoir et une intervention armée ».

M.U.
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