Le coming out d’un «Français normal»

Je fais partie  « des Français normaux » : c’est par cette précision apparemment essentielle à ses yeux qu’Alain Leboeuf, député de la 1ère circonscription de Vendée, a commencé son intervention sur le  « mariage pour tous » à l’Assemblée Nationale, provoquant un tollé dont on peut se demander s’il n’était pas la fin recherchée tant il est « normal » que des députés ne laissent pas passer de tels propos dans ce contexte.

Je fais partie  « des Français normaux » : c’est par cette précision apparemment essentielle à ses yeux qu’Alain Leboeuf, député de la 1ère circonscription de Vendée, a commencé son intervention sur le  « mariage pour tous » à l’Assemblée Nationale, provoquant un tollé dont on peut se demander s’il n’était pas la fin recherchée tant il est « normal » que des députés ne laissent pas passer de tels propos dans ce contexte.

Quel message, en effet, ce « coming out de  Français normal » véhiculait-il ?

Loin de l’attachement historique de notre pays à l’universalisme et au respect de la personne humaine que tout député républicain français « normal » aurait pu avoir envie de rappeler alors que des propos homophobes sont tenus quotidiennement et heurtent  beaucoup de nos compatriotes,c’est une vision communautariste de la normalité française qui a été exprimée, rejetant de nombreux Français dans l’ « anormalité » de leur orientation sexuelle.

Alain Leboeuf pourra toujours tenter de jouer sur l’ambiguïté du terme « normal » mais qui sera dupe d’une telle tentative éventuelle de justification  de la part d’un député opposé à l’extension du droit au mariage pour tous les couples quand l’argument majeur utilisé est une référence à une « normalité naturelle » que le droit devrait reconduire ? Qui croira qu’un député peut ne pas mesurer le poids des mots et ignorer que l’homosexualité a été et est encore dans certains pays considérée comme une « déviance », une « pathologie » voire un « délit » condamnable  au nom  de ce qui serait   « normal » et de ce qui ne le serait  pas ?

Que des interrogations et des critiques puissent être exprimées, que des amendements puissent être déposés cela relève du débat démocratique « normal ». Mais que des stigmatisations, dont on ne peut ignorer la violence pour celles et ceux qui les entendent et se retrouvent rejetés par ces mots hors de la communauté citoyenne « normale », puissent être  formulées n’est tout simplement pas tolérable. Le message « normal » de la France est celui de l’idéal de l’universalité des droits, de l’égalité des citoyens au-delà de leurs choix de vie individuels.

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