mot de passe oublié
Soutien

Construisez avec nous l'indépendance de Mediapart

Souscrivez à notre offre d'abonnement : 9€/mois + 1 film en VOD offert

ABONNEZ-VOUS
Le Club de Mediapart mer. 10 févr. 2016 10/2/2016 Dernière édition

De la consternation au sursaut : pour un choc de crédibilité

Jérôme Cahuzac, il y a peu ministre du budget d’un gouvernement de gauche, était donc bien détenteur d’un compte à l’étranger comme Mediapart l’affirmait depuis plusieurs mois.

Survenant dans un contexte national et européen de défiance citoyenne à l’égard de la parole politique, ces aveux imposent aux socialistes de ne pas s’arrêter à la consternation ou à la colère devant des actes qui, au-delà de leur illégalité, sont diamétralement opposés à la vision du monde qu’ils sont censés porter et incarner.

Comment ne pas imaginer que cette  défiance ne soit pas renforcée alors que le doute sur la capacité des politiques à agir sur le réel et à proposer une alternative aux choix qui ont pourtant conduit à la crise se manifeste de plus en plus en France et au-delà comme les élections italiennes l’ont également montré ? Disons-le tout net : nier ou diminuer l’importance de l’impact des aveux d’hier reviendrait à prendre le risque d’un « retour du refoulé » dramatique.

Nous devons, au contraire, prendre à bras le corps la nécessaire recrédibilisation de la parole politique en général et de la nôtre en particulier.

Une telle reconquête ne sera possible que si nous agissons sur les différentes conditions permettant de relever le « défi de la défiance ». Celles-ci sont plurielles et peuvent être mises en évidence, comme le souligne Habermas, lorsque des perturbations se produisent dans le fonctionnement d’un échange communicationnel, conduisant le destinataire à s’interroger sur l’intelligibilité (qu’est-ce que cela veut dire ?), la vérité (les choses sont-elles vraiment ainsi ?), la justesse normative du message véhiculé (est-il juste d’agir ainsi ?) ou encore sur la sincérité de l’émetteur (me trompe-t-il ?). Or, l’abstention trop fréquente des citoyens tout comme la nette dégradation de l’image des institutions et des élus dans notre pays mesurée par une enquête récente du Cévipof, nous montre qu’aujourd’hui le jeu de langage de la démocratie représentative dysfonctionne. Les aveux d’hier doivent déclencher un sursaut nécessaire.

Comme socialistes, nos mots pour être intelligibles doivent être en phase avec l’idéal que nous portons, notre description du réel ne pas être celle que le libéralisme présente comme « la » vérité, nos propositions refléter notre volonté de  justice sociale, notre refus de la captation des richesses et des pouvoirs par quelques-uns. Le contexte (mondial et plus particulièrement européen) ne facilite certes pas la transcription rapide dans le réel de notre volonté mais le volontarisme est voué à apparaître comme une posture si nous apparaissons céder du terrain en rejoignant l’analyse de ceux qui affirment qu’il n’y a pas d’alternative.

Renouer les fils d’un contrat de confiance nécessaire passera aussi par la mise en place de réformes institutionnelles importantes, rendant impossible la généralisation insupportable et injustifiée du soupçon à l’égard des élus. François Hollande vient d’annoncer des mesures qui vont dans ce sens : l’inéligibilité à vie des élus condamnés pour fraude fiscale et corruption, le renforcement tant nécessaire de l’indépendance de la justice et la lutte contre les conflits d’intérêt chez les ministres et les parlementaires par la transparence sur leurs patrimoines. Dans un tel contexte, la question du « cumul des mandats » prend également une dimension particulière : limiter la détention de mandats en nombre et dans le temps (et cela en allant même au-delà du seul cadre des mandats nationaux) peut constituer un moyen efficace pour réduire la fracture démocratique entre les citoyens et la représentation politique. Une telle limitation est, en effet, susceptible d’impliquer plus de citoyens dans les responsabilités et de rendre plus représentative la représentation si, toutefois, l’augmentation du nombre de responsabilités partagées n’est pas synonyme d’une simple augmentation du nombre de professionnels de la vie politique. Le Parti Socialiste a fait le choix d’avancer en pionnier sur cette voie de la rénovation démocratique et s’est engagé à l’exemplarité en attendant le vote d’une loi nécessaire. Faisons-le maintenant  sans laisser passer le temps du sursaut.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

Madame,

Vous ne semblez là que pour occuper le terrain; j'abonde DEGADEZO, TAISEZ VOUS !

Soutenez Mediapart !

Soutien

Souscrivez à notre offre d'abonnement : 9€/mois + 1 film en VOD offert
ABONNEZ-VOUS

L'auteur

Martine Chantecaille

Prof.de philosophie, recherches sur l'éthique de la discussion (publication de deux ouvrages sur Karl-Otto Apel, membre du CN du Parti Socialiste ( "motion B")

Le blog

suivi par 11 abonnés

Le blog de Martine Chantecaille