Pour la protection d' Ayaan Hirsi Ali, la main de Benoît Hamon n'a pas tremblé !

La campagne de la primaire a vu Benoît Hamon arriver en tête dimanche dernier. 

Après les caricatures paresseuses sur "la société du farniente et de l’asssitanat" que ne manquerait d’entraîner sa proposition sur le revenu universel, c’est aujourd’hui sur la laïcité qu’il est fortement attaqué par Manuel Valls qui n’a pas hésité à évoquer  le « risque d’accommodements » avec l’islamisme radical et des ambiguïtés sur la laïcité.

La meilleure des réponses à de ces propos qui ont, à juste titre,  choqué  tant ils sont graves et jouent sur des ressorts peu rationnels sera, je l’espère,  donnée dans les urnes dimanche prochain. Mais, je  tiens, sans attendre, à rappeler un "petit fait"  sur cette question de la laïcité, de la liberté d'expression et des droits des femmes : à savoir la défense par Benoît Hamon, alors député européen, d’Ayaan Hirsi Ali, citoyenne européenne, ancienne députée qui était menacée de mort par des intégristes suite à l’écriture du scénario du film Soumission qui avait coûté la vie à Théo Van Gogh, son réalisateur.

A l’époque (en 2007-2008), c’est, en effet,  Benoît Hamon qui a déposé une déclaration écrite cosignée par 3 autres parlementaires socialistes européens, -Véronique De Keyser (Belgique), Harlem Désir (France) et Ana Gomes (Portugal)- au bureau du Parlement Européen demandant que l’Union Européenne assure et finance la protection personnelle d’Ayaan Hirsi Ali. 

Cette proposition n’a pas été signée par suffisamment de députés pour aboutir (144 signatures quand la majorité simple des députés exigée pour que le texte devienne une résolution officielle du Parlement était de 393) mais dans ce combat pour la liberté d’expression, non seulement la main de Benoît Hamon n’a pas tremblé mais il a voulu entraîner celles d’autres députés.

Je vous invite à relire son billet du 27 novembre 2007  et la proposition de déclaration écrite qu'il souhaitait déposer. 

http://lefil.blogs.com/benoithamon/2007/11/protger-ayaan-h.html

Protéger Ayaan Hirsi Ali (par Benoît Hamon)

Ayaan Hirsi Ali est ressortissante néerlandaise et donc citoyenne de l’Union Européenne. Menacée de mort par des intégristes islamistes, pour avoir écrit le scénario du film Soumission, qui a coûté la vie à son réalisateur Théo Van Gogh, elle bénéficiait jusqu en octobre d’une protection financée par les Pays Bas. Cette protection a été interrompue en raison du choix d’Ayaan Hirsi Ali de vivre aux Etats-Unis où elle s’estime moins exposée. Une polémique existe aux Pays Bas sur les conditions dans lesquelles elle a acquis la citoyenneté néerlandaise pour fuir la Somalie via le Kenya. Peu nous importe, il demeure qu’elle reste citoyenne européenne et que l’Europe est le refuge qu’elle a choisi. Ce matin, j'ai déposé une déclaration écrite cosignée par 3 parlementaires socialistes européens, Véronique De Keyser (Belgique), Harlem Désir (France) et Ana Gomes (Portugal) au bureau du Parlement Européen.

Cette déclaration écrite affirme que « considérant que Mme Ayaan Hirsi Ali, citoyenne néerlandaise, est menacée de mort pour avoir exercé sa liberté d’expression garantie par la Charte des droits fondamentaux, et que cette Charte dispose en son article 6 que «toute personne a droit à la liberté et à la sûreté» » et demande que l’Union Européenne assure et finance la protection personnelle d’Ayaan Hirsi Ali.

Si cette déclaration écrite réunit dans un délai de 3 mois les signatures d’une majorité de parlementaires européens (393 signatures nécessaires) elle deviendra un acte politique officiel du Parlement Européen et sera transmise en tant que tel à la Commission Européenne et à la Présidence du Conseil. L’Union Européenne se grandirait à se substituer aux défaillances de ses Etats membres pour combattre, quel que soit le jugement que l’on porte sur les déclarations d’Ayaan Hirsi Ali, les morsures qu’infligent les intégrismes religieux aux libertés fondamentales de ses citoyens. Dés ce soir, une campagne de mobilisation auprès des députés européens des 27 Etats membres commence pour réunir les signatures nécessaires.

La proposition de déclaration écrite

mardi 27 novembre 2007

XX/2007

Le Parlement européen,

– vu les articles 6, 10 §1 et 11§1 de la Charte des droits fondamentaux,

– vu l'article 116 de son règlement,

A. considérant que Mme Ayaan Hirsi Ali, citoyenne néerlandaise, est menacée de mort pour avoir exercé sa liberté d’expression garantie par la Charte des droits fondamentaux, et que cette Charte dispose en son article 6 que «toute personne a droit à la liberté et à la sûreté»,

B. considérant que l'UE est fondée sur les valeurs de la démocratie et de l'Etat de droit, et que l'intégrisme religieux, dés lors qu'il menace de mort quiconque ose critiquer les symboles ou l’idéologie d’une religion, menace directement les libertés individuelles fondamentales, il faut donc en protéger les citoyens européens, a fortiori quand ils ont fui ce danger pour trouver refuge dans l'UE,

C. considérant, quelle que soit l'appréciation que l'on peut avoir des propos de Mme A H Ali, qu'elle a le droit de s'exprimer librement y compris sur des questions d'ordre religieux, politique ou philosophique,

1. demande que l'UE prenne les mesures nécessaires pour prendre en charge la protection de Mme A H Ali, qui n’est plus assurée aujourd’hui par les Pays-Bas, et ce quel que soit le pays où elle a choisi de résider, pour ne pas restreindre davantage sa liberté déjà entravée par les menaces;

2. charge son Président de transmettre la présente déclaration, accompagnée du nom des signataires, aux parlements des États membres, au Conseil et à la Commission.

Déposée par : Benoît Hamon (France), Véronique De Keyser (Belgique), Harlem Désir (France) et Ana Gomes (Portugal) au bureau du Parlement Européen.

 

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