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Billet de blog 24 juin 2014

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Soutenons les députés "frondeurs"

Après la lourde défaite des municipales, nous étions nombreux à attendre une  réorientation de la politique nationale apte à renouer le lien avec toutes celles et ceux qui avaient voté pour le « changement » en 2012 et qui, ne le voyant nullement prendre forme, s’étaient détournés des urnes ou avaient choisi la voie de l’extrême-droite.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Après la lourde défaite des municipales, nous étions nombreux à attendre une  réorientation de la politique nationale apte à renouer le lien avec toutes celles et ceux qui avaient voté pour le « changement » en 2012 et qui, ne le voyant nullement prendre forme, s’étaient détournés des urnes ou avaient choisi la voie de l’extrême-droite.

Tel ne fut pas le cas ! Au lieu du sursaut attendu, la réponse donnée a été la confirmation « plus loin, plus vite » d’une politique de l’offre éloignée de la lettre comme de l’esprit du discours du Bourget et des engagements pris devant les citoyens. Changements de casting à la tête du gouvernement et du Parti Socialiste mais pour le cap politique : on persiste et on signe avec une majorité de plus en plus étriquée !

De très nombreux parlementaires socialistes ont alors choisi de tirer l’alarme et ont proposé un nouveau « contrat de majorité », apte à fédérer la gauche et insistant, notamment, sur la nécessité de concentrer « les moyens publics sur la création réelle d’emplois, de « défendre des décisions de justice et de pouvoir d’achat ( mesures en faveur des bas salaires, la réforme fiscale et la CSG progressive, l’effort en faveur des retraites les plus modestes ») et « de réaffirmer et d’amplifier les choix et les engagements de 2012 ».

Loin d’être entendus par l’exécutif, le « programme de stabilité » présenté à l’Assemblée Nationale le 29 avril a confirmé le choix de la « politique de l’offre » avec 30 milliards d’allègements de cotisations sociales aux entreprises et 50 milliards d’économies pour rentrer dans les clous du chiffre « fétiche » des 3% de déficits publics. 41 députés de l’ « appel des 100 » http://appeldes100.fr/ – si mal dénommés « frondeurs » – ont alors décidé de ne pas voter ce pacte.

Puisqu’aucun débat n’avait été organisé au sein des instances nationales du Parti Socialiste sur ce choix de macro-économie très éloigné de la ligne commune et des textes collectivement adoptés, puisque la demande d’un congrès extraordinaire était repoussée, des militants socialistes ont décidé de prendre la parole qu’on ne leur donnait pas et, à quelques jours du vote du 29 avril, de soutenir ces parlementaires en mettant en ligne un texte proposé à la signature des socialistes comme des sympathisants et électeurs de 2012.

Au-delà du soutien apporté aux parlementaires dont nous savions, par ailleurs, qu’il subissaient de fortes pressions, cette  démarche du collectif des « socialistes contre l’austérité » visait à  rappeler que les militants socialistes n’avaient jamais validé une telle orientation pour laquelle les citoyens n’avaient pas, non plus, voté.

Cet appel soulignait également que la réussite du quinquennat et de la gauche au pouvoir passait nécessairement par une rupture avec les choix et les mots de la droite, que nous pensons avec les mots et qu’il n’est pas admissible d’entendre à longueur de temps des responsables de notre parti ou du gouvernement parler de « charges » et non de « cotisations sociales », de « coût du travail » plus que du « coût du capital ». Comment ne pas dénoncer aussi le tour de passe-passe  consistant à faire passer la « responsabilité » pour l’acceptation d’une pseudo-fatalité (« il n’y a pas d’autre politique possible ») quand elle est, normalement, la conséquence de la liberté ?

Les élections européennes, le score historiquement bas du Parti Socialiste et celui du FN arrivé en tête, ont à nouveau rappelé l’urgence du « réveil », l’urgence de la bataille idéologique à mener, d’un imaginaire alternatif à former, d’un idéal fédérateur à gauche à construire.

Alors que le débat à l’Assemblée Nationale s’ouvre sur les textes budgétaires, les parlementaires de l’ « appel des 100 » ont décidé de déposer des amendements, en exerçant ainsi pleinement leur rôle. En faisant ainsi vivre la démocratie, ils contribuent aussi à crédibiliser la parole politique en restant dans l’esprit des engagements qu'ils ont portés comme candidats.

En cette année Jaurès, comment ne pas leur savoir gré,  de rappeler que le « courage » ce n’est pas renoncer à sortir du cadre des prénotions libérales qui masquent et déforment le réel, que ce n’est pas non plus abandonner toute référence normative au progrès  et ne plus se servir de la boussole de l’égalité mais que c’est toujours être animé de la volonté ferme « d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ».

 Pour toutes ces raisons, je vous invite à signer le « manifeste des socialistes contre l’austérité » sur leur site :  http://www.socialistes-contre-austerite.fr/

                                             Manifeste des « Socialistes Contre l’Austérité »

Militants ou sympathisants socialistes, nous avons fait campagne en 2012 sur la base d’une promesse de changement, de justice sociale et de progrès.

Nous voulons la réussite de la gauche au pouvoir, condition nécessaire pour la justice sociale. Mais, malgré la défaite historique des municipales, des décisions économiques allant dans le sens d’une politique d’austérité ont été prises par le gouvernement et approuvées par une majorité de députés. Nous lançons un cri d’alarme : la gauche ne réussira que si elle démontre qu’elle met en place une autre politique que celle de la droite.

Pas plus aujourd’hui qu’hier, nous ne nous reconnaissons dans les mots de la droite (« charges », « coût du travail », « flexibilité »…) et dans les choix économiques privilégiant l’ »offre » sur la « demande ». Nous voyons bien que la situation sociale empire toujours, nous voyons bien que l’austérité ne marche nulle part (Grèce, Espagne) alors envisager de compenser la baisse des cotisations pour les entreprises par une réduction de 50 milliards d’euros des dépenses publiques c’est prendre le risque de dégrader les conditions de vie d’un grand nombre de gens sans aucune certitude sur les emplois potentiels créés. Il n’existe pas pour nous qu’une seule politique possible.

Des députés socialistes ont lancé un appel au gouvernement pour un « contrat de majorité » et ont formulé des contre-propositions visant à ne pas mettre en péril les acquis sociaux et les services publics. 41 d’entre eux ont décidé d’exprimer par leur vote leur volonté d’un changement de politique, conforme à ce pour quoi ils ont été élus. Nous les soutenons et nous les engageons à tenir bon dans les débats parlementaires qui s’ouvriront dès les prochaines semaines.

Nous sommes rassemblés ici pour rappeler avec eux comme avec les militants et sympathisants socialistes qui agiront en ce sens sur leurs territoires que l’austérité n’est pas incontournable.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.