Mon fleuve

Je suis née dans une ville au bord d'un fleuve. Quand je vais les voir à la recherche d'émotions liées à ce qu'ils ne sont plus, je les découvre dans leur présent et leur passé indissolublement tissés, sans couture

Là, au pied du coteau, elle.
Avec, aussi, des eaux secrètes que le ciel ne peut atteindre.
Elles s’écartent un peu du lit de majesté où elle coule,
 sublime lenteur, monte de l’amour.
Elle cherche, la Loire, à enfler,
 s’élever, aller se pendre aux laisses du ciel,
qui, vers le soir, sont veloutées de jaune, d’ocre, de mauve.
Lui, cherche à s’abaisser, s’élancer,
écraser arbres, maisons de pierre et d’ardoise, venir reposer ses flancs
sur les bancs de sable qui vont à l’amble des morts mal morts,
au mitan de sa langueur liquide.
Attends encore que je vienne, te rejoindre,
mêler nos zincs, nos plombs, nos moirures parme,
nos rêves d’Italie, nos souvenirs de François, de Léonard, nos noyées, nos pêcheurs,
fendre le froid qui nous retient.
Sommes-nous condamnés à nous émouvoir,
 ne jamais nous joindre, couler ensemble à distance vers l’océan,
 nous refléter narcisse jumeaux interdits de sombrer l’un en l’autre,
à jamais unis dans l’écart qui nourrit notre désir.
Quelle dame à la Licorne saurait dire notre destin ?

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