Esclavage....

Du Ghana sont partis esclaves des millions d’êtres humains ; ils venaient des actuels Mali, Niger, Burkina-Faso, Ghana. Aujourd’hui la mémoire de ce terrible fléau est de plus en plus honorée : très nombreux sont les visiteurs des châteaux qui furent des points de départ vers les Amériques ; le Ghana en possède une soixantaine sur ses côtes et ils sont tous classés au patrimoine mondial de l’humanité ; les guides ont été formés, parlent un très bon anglais, savent parler lentement en fonction de la nationalité des visiteurs.
Nombreux sont les visiteurs, aussi bien africains (du Ghana et des pays voisins), que noirs de la diaspora (américains), qu’européens ( en particulier les descendants de ceux qui occupèrent les lieux, hollandais, anglais….Quelques français…).
Les plus célèbres furent Barack et Michele Obama, venus en juillet 2009 ; symboliquement ils sont entrés dans le château par la porte par laquelle partaient les esclaves, baptisée dans tous les endroits de ce type « porte du non –retour » ; celle-ci, du coup, a été baptisée, du côté mer, « porte du retour » et une plaque a été posée dans la cour pour commémorer cet événement.
La capture d’esclaves était une sorte de guerre ; si de grands souverains comme Samory Touré ont pratiqué la traite d’êtres humains, tout le monde n’était pas d’accord pour autant ; ce fut une sorte de guerre permanente : certains villages ont construit des murs pour se défendre des attaques des marchands ( c’est une des hypothèses pour expliquer l’existence de longues murailles autour de Loropéni, en pays Lobi, au sud du Burkina), certains villages attaquaient les camps de regroupement des esclaves.
Nous avons visité, à la frontière actuelle du Ghana et du Burkina-faso, le camp de regroupement de Pikworo ; depuis longtemps, une des routes principales de l’intérieur des terres vers l’océan passe par Paga, car il y a de l’eau toute l’année ici. L’endroit est un peu rocheux avec des arbres ; les esclaves restaient ici environ 1 semaine au bout de laquelle ils étaient vendus ; un emplacement dans le camp était réservé au marché ; sur une importante masse rocheuse, des écuelles sont creusées dans le sol ; à aucun moment les esclaves n’étaient détachés de sorte que chacun devait se débrouiller pour saisir la nourriture ; à côté un endroit servait à piler le grain ; aujourd’hui une femme pile le petit mil pour faire la bière ; à quelques mètres un rocher rend un son particulier quand on le frappe, proche du djumbé ; 3 hommes du voisinage sont là et, avec le guide, se mettent à frapper, chanter, bouger en rythme . Très émouvant d’imaginer les esclaves en route vers l’enfer jouant ces mêmes rythmes.
Les rochers forment une tour de guet naturelle et, tout prés, l’endroit le plus insupportable : un rocher à la base usée par les chaines ; les récalcitrants y étaient assis, les pieds au-dessus du sol, les bras dans le dos dans une position qui obligeait à avoir le visage face au soleil ; ils étaient battus devant tous les autres à titre d’exemple. A côté le cimetière avec quelques petits rochers qui indiquent des fosses ( un américain a obtenu du chef du village l’autorisation de creuser et a effectivement trouvé des ossements.
De Pikworo, les esclaves partaient à pied vers Salaga, aux environs de Tamale ; là se tenait un très grand marché ; puis vers la côte….

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