Esclavage. (suite)

Le Ghana est le pays d’où sont partis le plus grand nombre d’esclaves vers les plantations des Antilles et d’Amérique du Sud (L’île de Gorèe, si célèbre dans le monde francophone, n’a vu, en fait, qu’un trafic relativement faible et la « maison des esclaves » est petite par rapport aux lieux de départ ghanéens).
Nous avons visité le château Saint-Georges d’Elmina, place-forte construite en 1482 par ses premiers occupants, les portugais. C’est le plus ancien et le plus grand d’Afrique occidentale au sud du Sahara. Il a ensuite été occupé par les hollandais qui ont tenu la place de 1637 jusqu’à l’arrivée des anglais. Il a joué un rôle important dans le commerce et la traite : en 40 ans, 8 millions d’esclaves sont passés ici, au moins 1/3 y est mort ; vu les conditions de vie (pas de latrines, nourriture pourrie, eau stagnante), beaucoup arrêtaient de se nourrir et préféraient mourir ; ceux qui se révoltaient étaient enfermés dans des cachots sans fenêtre avec juste un judas dans la porte pour que les gardes les regardent (mourir). Quartier des hommes, quartier des femmes ; le gouverneur avait un balcon qui donnait sur le quartier des femmes et un escalier direct qui lui permettait de faire monter celle (s)qu’il avait choisie(s) ; une femme qui était enceinte était libre et le père donnait son nom à l’enfant ( d’où ici, des noms hollandais étonnamment répandus); elle devenait alors cuisinière pour les soldats et était libre.
Beaucoup de soldats aussi sont morts ici car ils étaient envoyés dans cette position en punition ; il y a un cimetière hollandais dans la ville au pied de la colline où se trouve l’église St Joseph. Le gouverneur habitait tout en haut dans des appartements confortables avec une grande cuisine équipée d’une cheminée et une très bonne aération. Le château a été restauré en 1994.
Le château de Cape Coast a été occupé lui aussi successivement par plusieurs pays, dont les suédois, les anglais….
Dans chacun de ces lieux, l’émotion est palpable….comme dit le guide : « comment imaginer qu’ici, l’église était juste au-dessus du cachot des hommes ? Ça parait inconcevable…. »
Ici, sur la côte, nous sommes en zone tropicale avec quelques morceaux de la forêt équatoriale primitive, aujourd’hui préservés ; le taux d’humidité est très élevé, on sue très vite, on se sent un peu oppressé et ce n’est pas une question de couleur de peau : dans les groupes de visiteurs, peaux noires et peaux blanches ruissellent tout autant.
Des réflexions s’échangent : « comment imaginer que l’être humain aie pu se comporter ainsi….et comment comprendre qu’aujourd’hui, de par le monde, il continue ? »

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