La liberté est ce que nous avons de plus cher au monde 3

La liberté est ce que nous avons de plus cher au monde (3) 

On nous conseille actuellement d’écouter le chant des oiseaux dans les arbres, de respirer l’oxygène retrouvé des rues désertes, de s’émerveiller du silence dans une ville lavée de ses habitants, que c’est un sacrilège de maugréer devant ce cadeau qui nous est fait. Moi, cela me rend infiniment triste. Comment se réjouir, comment accéder à cette éblouissante lumière si nous ne sommes pas libres ?

Si le confinement français permettait quelques trous d’air par lesquels l’être humain s’échapperait (dans le réel, non en rêve), il y aurait peut-être quelque chose de bon à glaner dans la situation présente. Mais la chape de plomb qui enveloppe nos têtes est trop lourde. Comment s’extasier quand, à n’importe quel coin de rue, on peut nous réclamer, sous peine d’amende, une attestation de déplacement dérogatoire ? Comment s’extasier en pleine répression policière ? Aucun abus de pouvoir, et c’en est un, ne se justifie, même en temps exceptionnels. On aura beau se forcer à entrer dans la case voulue, hurler avec les loups (c’est tellement plus facile que d’aller à contrario du grand nombre), on sentira le déclic douloureux d’une mise en cage imméritée. Personne n’est né esclave.

Des temps exceptionnels ne justifient pas tout. Ils ne font pas que certaines lois, certaines ordonnances (mot royal redevenu en vogue) demeurent, en tout temps, illégitimes. Ce qui est illégitime reste inacceptable à jamais.

Adopter en toute conscience des mesures salutaires pour la santé de tous, respecter les précautions et les restrictions d’un confinement étendu, pourquoi pas ? Mais le confinement total est semblable à la nuit noire. D’autres pays européens l’ont refusé, la Suède, la Hollande, la Suisse… Et on leur reproche ! On devrait au contraire les féliciter.

Angela Merkel qui sait par expérience combien la privation de liberté atteint l’intégrité de la personne physique, l’a refusée aussi. Bénis soient ceux qui tracent des voies nouvelles ! Qui ne choisissent pas d’emblée la voie balisée ! Ne sont-ils pas les seuls solidaires, les seuls fraternels, ceux qui comptent sur l’auto-responsabilisation de chacun ? Ceux qui s’arment de confiance ? Faut-il mettre un peuple à genoux pour venir à bout d’un fléau ? Notre président dit lui aussi qu’il compte sur nous, mais le confinement liberticide qu’il instaure prouve à lui seul le mensonge de ses intentions.

On nous répondra de manière raciste que nous sommes des « latins », que notre exubérance génétique (non prouvée) nous condamne à l’indiscipline, et qu’en conséquence, nous devrons être davantage verrouillés que d’autres. Et on dira de même de nos pauvres amis italiens ou espagnols. Comme si, parce que latins, nous étions suicidaires, que nous allions courir au devant du danger sans réflexion. C’est confondre bêtement la rébellion et l’irresponsabilité.

Les nouvelles qui réchauffent mon cœur sont celles disent « non ». C’est par exemple la CGT qui lance un préavis de grève. J’aime cette initiative car elle prouve les ressources intérieures de notre nation, sa vie intarissable. La faculté de rebond réinventée grâce à la fertilité d’esprit. Et à rebrousse poil des bienpensants scandalisés, je l’aime également parce qu’au lieu de créer davantage de chaos, elle en enlève. Elle redessine des lignes de continuité démocratique nettes, fortes, viables. Des rails de sens. Concrètes et tangibles.

De la même manière, j’aime certains coups de gueule de Didier Raoult, quand il dit par exemple que le confinement est « de l’improvisation sociale » et : « On n’en mesure pas du tout les effets collatéraux.» En voulant stopper la propagation d’un mal, on en crée un autre, grave, qui lui aussi va s’étendre. Mais la souffrance mentale des modestes n’intéresse malheureusement pas les gouvernements.

 

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