L'écriture inclusive vue par une minorité invisible

Ecriture inclusive et apprentissage de la lecture.

Tout d’abord, il faut distinguer la féminisation des noms de métiers et de fonctions, de l’écriture inclusive. Si toutes deux relèvent d’une volonté d’éviter toute discrimination sexiste par un langage dégenré, elles n’ont pas le même effet sur la langue française.

D’un côté il est temps de passer à une féminisation des noms de métiers et de fonctions et surtout de passer à une véritable parité femmes/hommes dans ces mêmes métiers et fonctions.

D’un autre côté on peut comprendre l’agacement de cette règle du « masculin qui l’emporte sur le féminin » et adhérer à l’idée que l’égalité de genre se cache dans les détails, y compris dans la grammaire !

Mais il est un autre détail qui échappe à cette petite révolution, c’est le point de vue de l’enfant et celui de l’apprenant quel qu’il soit, de la langue française. Ceux-ci sont confrontés à une difficulté supplémentaire, et pas des moindres !  

En effet depuis une trentaine d’années, les manuels de lecture et les injonctions ministérielles font de la lecture un exercice de déchiffrement qui passe par la correspondance entre l’oral et l’écrit. D’où l’extrême difficulté d’écrire les sons « tin, thym, tain, tein… » ou  « pin, pain, pein… » etc…  et le constat d’une écriture qui se dégrade, voire d’une prise de sens de plus en plus laborieuse du texte écrit. L’écriture abrégée des textos, et les échanges sur les différents réseaux sont un des symptômes d’un langage qui s’appauvrit et se contracte « à vue d’œil ».  

Pour des générations d’élèves ayant appris que la lecture est un « travail mental » qui passe par un déchiffrement et une oralisation, une lecture ralentie par quelques obstacles de plus n’est guère étonnant ! Lire « spectateur.trice.s » oblige à s’arrêter pour lire mentalement « spectateurs et spectatrices ». Le déchiffrage ET l’écriture inclusive sont un frein à la compréhension et au questionnement d’un texte.

On imagine alors la difficulté supplémentaire pour les apprenants !  Mais qui va s’en soucier ? Pas les enseignants apparemment ! Ni les parents, peu habitués à donner leur avis en matière de pédagogie…

Il existe enfin une autre catégorie de lecteurs : ceux qui, visuels, ont une lecturisation beaucoup plus rapide et qui ne s’attardent pas au déchiffrement et à l’oralisation de formules telles que « spectateur.trice.s », qui ne fait pas sens visuellement !

L’égalité Femme/Homme est un combat à mener dans nos vies quotidiennes, au travail comme à la maison, dans nos échanges, dans notre posture, nos comportements… C’est un combat planétaire, qui doit nous porter à défendre les femmes opprimées, soumises, considérées comme des objets à consommer, ici comme ailleurs. Et c’est bien par l’éducation que nous pouvons agir le plus efficacement.  Sans oublier que nous sommes des modèles pour les enfants et que c’est avant tout en modifiant nos propres façons d’être, sans inverser la violence, la haine, le mépris, ou la déconsidération…

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