Gervaise ou l'assommoir ?

Je viens de relire ce roman et la première chose qui me vient à l'esprit en refermant ce livre : 
- mais pourquoi Zola n'a t'il pas  appelé son roman " Gervaise " ? 
Car tout le récit, qui se déroule dans le quartier de la goutte d'or à Paris, s' articule autour de ce personnage central.
C'est Gervaise qui est brutalement abandonnée avec ses deux enfants par son amant Lantier, un homme sans vergogne qui lui préfère une jeunette. 
C'est Gervaise en mère courageuse qui accepte de se marier, un mariage de raison pourrait-on dire, avec Coupeau le Zingueur qui lui promet la sécurité en retour, promesse non tenue par ailleurs. 
C'est Gervaise qui donne naissance à Nana et qui subvient aux besoins du ménage alors que dans le même temps Coupeau, en tombant d' un toit se casse une jambe et reste incapable de reprendre un travail en s' adonnant de plus en plus souvent à la boisson. 
C'est encore elle qui décide d'ouvrir sa propre blanchisserie et qui met toute son ardeur au travail, pour satisfaire ses clientes, et mener de front cette activité, en conciliant comme elle peut son rôle d' épouse et de mère...tenez cela ne vous rappelle rien ? 
C' est cette femme, n'aspirant qu'à la paix d' un bonheur tranquille et qui dans la quête éperdue de cet idéal, se laisse embobiner par son mari d' accepter le retour de Lantier.
Elle agit par faiblesse, peut on penser, car on est enclin à définir la nature féminine par cette caractéristique.
Je dirais plutôt que par sollicitude affectueuse, presque maternelle, Gervaise se compromet, elle baisse les bras à un moment donné, par lassitude et par fatigue, elle reste la seule personne qui trime dans ce trio infernal, et laisse ainsi gâcher son existence par ces deux hommes...qui soit dit en passant, sont incapables eux de retrouver leur dignité. 
Gervaise, un fond de femme excellent, que l'éducation et la fréquentation d' un autre milieu social auraient pu développer, mais qui se perd, à cause même de son désir très modeste de rester à sa place. 
Gervaise est l' incarnation féminine de la modernité naissante du 19ème siècle : elle se bat pour améliorer sa condition et conquérir son indépendance financière mais empêtrée encore dans la vision patriarcale de la société elle n' ose pas dire non à ces hommes misérables qui abusent injustement d' elle et l' attirent dans leur chute. 
On dit de ces ouvriers et ouvrières qu' il sont irresponsables,  incapables de maîtriser leur destin ! Zola lui même les voulait ainsi, dans sa volonté de peindre la réalité, rien que la réalité, entreprise réussie, il va sans dire. 
Je laisse Gervaise conclure en disant ceci : 
"Moi je voudrais un coin petit ou je serais heureuse " 
Et ce faisant je pars du principe que la lectrice que je suis, vivant au 21 eme siècle trouve cette femme admirable malgré tout, malgré sa déchéance, malgré ses désillusions, car elle est la seule à le dire. 
Avait elle un autre choix de vie ? 
Lisez ou relisez cette œuvre, et faites moi savoir si, comme moi vous en sortez indigné  contre le déterminisme social et la domination masculine. 


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