Analyse réseautale et signification politique du voyage du Président Macron au Mali

Dans un ou une interview du 19 mai 2017, Mingwa Biango a dit sur Congo-liberty.com, un fait politique important : la politique africaine du jeune Président de la République française, Emmanuel Macron, sera celle de ses prédécesseurs. De façon prémonitoire, Mingwa a eu raison car le voyage de Macron à Gao, au lieu d’aller à Bamako, montre que l’Afrique, surtout francophone, n’a rien à attendre de Macron pour mettre en place des relations normales d’Etat à Etat. Ceux de nos compatriotes congolais qui estiment que la France peut être une planche de salut (et ils n’ont pas tort) pour espérer une situation politique normale au Congo, doivent réévaluer leurs analyses.

Après Berlin, Macron a choisi la base de Gao pour rendre visite aux soldats français qui luttent contre le terrorisme djihadiste. C’est un choix très clair qui montre à l’Afrique francophone qu’elle n’a rien à dire à la France qui organise son fonctionnement politique et militaire. Peu importe que les Maliens soient offensés et que le Président Ibrahim Boubacar Keita du Mali soit obligé de venir l’accueillir à Gao. La France est maitresse du réseau de la Françafrique et, en tant que parrain du réseau, elle organise les conditions d’existence, de fonctionnement et de survie du réseau. Les Africains, surtout congolais, qui estiment que la France joue un jeu en faveur des responsables politiques africains aux affaires en ce moment, comme Déby (Tchad) , Sassou (Congo-Brazzaville) ou Biya (Cameroun), doivent être capables de proposer un modèle alternatif sur le plan politique et financier acceptable pour contrer la France, pilote du réseau de la Françafrique. Il est possible, quand on écoute les opposants congolais à la Françafrique, de proposer un modèle nouveau et différent. On attend toujours, même si cela reste secret (ce qui n’est pas paradoxal), quelques lignes sources d’une stratégie de distanciation vis-à-vis de la Françafrique. Pour des raisons historiques et politiques contemporaines, les Congolais estiment que la France reste toujours le point d’ancrage de leur adoubement/contestation. Tous les opposants politiques et ceux de la majorité viennent se faire soigner en France, houspillent ce pays mais tout en possédant tous des résidences secondaires. La France le sait et considèrent ces hommes politiques africains francophones comme des gamins qui tapent du pied, qui expriment leur colère mais qui finissent par se taire et obéir car c’est la France qui dirige et organise de façon subliminale, voire explicite, la conduite de leur colère. Cela étant mis en relief, essayons maintenant de voir comment l’analyse réseautale articule politiquement la visite du Président Macron à Gao.

 

Le choix de Gao aux dépends de Bamako est politiquement et militairement significatif pour la France patronne du réseau

 

Le Président Macron a inversé le protocole diplomatique qui tisse les relations entre la France et ses anciennes colonies. Dans le réseau, la France est le point central. La Françafrique est un autre point du réseau, au même titre que le sont la plupart des pays francophones, comme le Mali, le Gabon, le Congo, la Cote d’Ivoire, le Tchad, le Niger, le Sénégal, etc. La Françafrique est un maillon abstrait/concret des relations entre la France et les Etats africains souverains. C’est un maillon surplombant qui, à l’intérieur du réseau France/pays africains, organise la vie politique, militaire et financière des intérêts français. Sans l’intervention de la France sur le plan militaire au Mali en janvier 2013, les Africains, et surtout les Congolais bavards et baveux, auraient assisté à l’effondrement des structures politiques, et administratives maliennes à cause de l’attaque des djihadistes. Pour celui qui veut changer le modèle d’organisation politique dans le réseau Françafrique, il faut avoir cet argument en tête au lieu de passer son temps à bavasser et à s’indigner sans avoir des réponses alternatives concrètes. On peut demander au nom de la théorie du réseau, car c’est l’évidence (faiblesse stratégique, politique, économique, moyens financiers des pays et des opposants), de changer d’alliance politique en demandant à la Chine, aux Etats Unis d’intervenir dans le réseau Françafrique pour le démanteler. Sommes-nous sûrs au nom d’un racisme congénital, inconscient et ordinaire de l’homme blanc (Etats Unis), de l’Asiatique (Chine) d’arriver à nos fins ? C’est ici et maintenant l’avertissement de l’analyste et non de l’homme politique que je suis. Je présente aux hommes politiques africains et congolais qui souhaitent sortir de la Françafrique des éléments de débat pour l’action.

 

En allant à Gao, au nom du réseau et de la position dominante de la France, Macron montre explicitement que cette partie du Sahel est un territoire français

 

Les Maliens ont été offusqués par l’attitude de Macron qui a atterri à Gao au lieu de Bamako la capitale. Ibrahim Boubacar Keita et les responsables politiques maliens ont été vexés. Macron n’en a rien à faire. La France est en position dominante dans le réseau et c’est elle qui dicte la loi, que cela plaise ou non au Président malien. Macron est dans la filiation gaullienne du Président Général De Gaulle et de son homme de main Foccart. Les Maliens, comme dans la plupart des pays africains, restent encore attachés à une conception des rapports empathiques, tribaux et générationnels. Macron, plus jeune que le Président Keita, aurait dû passer par Bamako. Fausse analyse car dans le réseau, c’est celui qui domine, qui organise les ordres, c’est le cas de Macron plus jeune que Ibrahim Boubacar Keita. La France impulse les conditions de la défense de ses anciennes colonies et celles-ci ne peuvent qu’obéir et éventuellement remercier leur bienfaiteur, la France. Attitude ridicule et curieuse du Président IBK qui a remis 900 kg de mangues pour le remercier de sa visite au Président français qui, de façon diplomatique et intellectuelle, s’en est moqué et les a remis aux 1600 soldats de la force Barkane qui vont les déguster avec plaisir.

Le voyage de Macron à Gao, le déplacement du Président IBK à Gao montrent que l’analyse du réseau est nécessaire pour qui veut comprendre les relations entre la France et ses anciennes colonies et la manière dont sont traités les Chefs d’Etat africains francophones. Le message de Macron, chef du réseau, a été très clair : vous devez dorénavant suivre ce que je vous demande.

  1. Eviter la corruption, ce qui a été clairement dit.
  2. Organiser un sentier harmonieux de gouvernance dans vos pays.
  3. Organiser les conditions africaines de la riposte face au terrorisme djihadiste (il visitera au mois de novembre les pays du G5 Sahel (Mauritanie, Tchad, Niger, Burkina-Faso, Cameroun).
  4. Je veux bien vous aider à lutter contre le terrorisme en vous apportant des moyens financiers (matériels militaires et hommes). Je mets à votre disposition aussi des moyens qui vous permettent de concilier sécurité et développement économique, mais la France reste vigilante sur la manière d’utiliser ses moyens.
  5. Je fais intervenir l’Allemagne et l’Europe en densifiant le réseau dont je suis le maître sans perdre la main pour aider les Africains, bavards et incapables, à lutter contre le terrorisme djihadiste. Mon Ministre des Affaires étrangères, le Driant, sera là pour contrôler les choses car il vous connait dans vos faiblesses et turpitudes, même si certains pensent que c’est un suppôt de la Françafrique et un ami de Sassou.
  6. La France est arrivée à Gao pour défendre d’abord les intérêts économiques français (Areva au Niger pour l’uranium, Total pour le pétrole, Vinci pour l’infrastructure, Véolia pour l’environnement). Tout ceci est suggéré et non-dit, mais reste explicite dans le réseau.
  7. Pays africains francophones, pays boucles du réseau France, vous devez comprendre que la France continue sa politique. Elle va faire des inflexions, mais elle refuse que des soldats français continuent de mourir pour les pays africains corrompus, voire ingouvernables.

 

En tant que maître du réseau, gaulliens par leur posture, la France et son Président Macron viennent d’envoyer un message très clair à l’Afrique francophone : continuité de la politique de la Françafrique, inflexion en fonction des situations et obéissance de la plupart des gouvernants et politiques africains aux injonctions de la France et surtout de son Président maître du réseau France et ordonnateur de la vie du réseau vis-à-vis des pays francophones africains qui ne sont que des éléments boucles du réseau central France.

 

Lucien PAMBOU

Ancien conseiller municipal LR Alfortville (2008/2014)

Cofondateur et ancien Secrétaire général du CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France)

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