Congo-Brazzaville : une forêt sanctuaire mondiale pour les criminels de guerre

C’est exactement une mafia qui s’est installée au cœur de l’Administration forestière au Congo.  Elle agit essentiellement lors :

  • De l’attribution des permis forestiers aux Concessionnaires par la Commission forestière. Il est arrivé qu’un permis soit accordé à une entreprise non soumissionnaire ;
  • Au nom du ministre, la mafia a demandé à la commission technique de soutenir certains dossiers, alors que vérification faite le ministre n’était pas au courant ;
  • De l’attribution des plantations forestières par contrat emphytéotique, à 1 franc symbolique. Type de contrat non prévu par la loi 16 ;
  • De la négociation des cahiers de charges particuliers, moyennant une forte corruption pour alléger les charges des entreprises attributaires au détriment des populations ;
  • Du financement par le fonds routier des routes forestières d’intérêt national construites pourtant par les financements privés des sociétés forestières ;
  • La minimisation systématique des valeurs FOB considérées dans le calcul de la fiscalité forestière ;

 

  • La révision tardive des valeurs FOB ;

 

  • La non application des dispositions de la Loi 14 ;
  • La diminution quasi de moitié de la superficie utile, taxable, base de calcul de la taxe de superficie, lors de l’opération de vérité terrain, ce qui a réduit de moitié, d’une année à l’autre le montant à payer de la taxe de superficie par les sociétés à capitaux asiatiques, bien sûr moyennant une forte corruption ;
  • La fixation au rabais à 200 FCFA/m3, (soit 30 centimes d’Euro) moyennant forte corruption du taux pour le paiement destiné au fonds de développement communautaire de la SDC au lieu des 1000 FCFA comme au Cameroun et que les sociétés estimaient raisonnable. Aujourd’hui c’est ce taux qui est la base de calcul du prix à payer aux populations pour l’exploitation des bois de la SDC ;
  • L’exportation des grumes dans le non-respect chronique et endémique du volume des grumes autorisé à l’exportation. Les sociétés asiatiques concernées redistribuent des centaines de millions de FCFA, chaque année ;
  • La réduction des transactions forestières aux valeurs minima en faveur des sociétés forestières ;
  • La gestion opaque du stock des bois débités, don des sociétés forestières aux victimes du drame du 4 mars ;
  • De la désorganisation du marché domestique des bois (production, transport, stockage, distribution) ;

Le Seigneur de guerre libérien Colonel Fox

Cette mafia dans l’administration publique utilise les moyens techniques, administratifs, financiers et humains de l’Etat pour servir les intérêts privés de la survie du régime Sassou Nguesso. Elle utilise la violence administrative dans les nominations : certains cadres sont systématiquement sanctionnés, parfois, pour peu de choses, alors que d’autres sont promus tandis qu’ils ont commis des fautes lourdes. La mafia fait signer ses parapheurs au ministre de nuit ou même à l’aéroport à la veille des multiples déplacements du ministre. C’est pourquoi le processus de nomination est couvert d’une opacité sans précédent.

Serge Kouwenhoven (à droite avec la casquette)

Le Seigneur de guerre libérien Colonel Fox (à gauche) et Serge Kouwenhoven (à droite avec la casquette)

Cette mafia s’est développée d’autant plus facilement que nous sommes dans un domaine technique très pointu, réservé aux seuls initiés, avec un jargon hermétique, d’une part et d’autre part,  elle est favorisée par la longévité des mêmes cadres et agents aux mêmes postes. Cette stabilité professionnelle a créé des accoutumances,  du clientélisme,  des craintes, de la peur. Ainsi la pensée unique a remplacé le débat technique contradictoire.

L’Administration forestière est aujourd’hui gangrénée par cette mafia, comme un cancer silencieux, c’est toute la filière qui court un grand risque de s’écrouler comme un château de carte à très court terme.

Les pertes engendrées pour l’Etat selon nos estimations sont de l’ordre de 3 à 5 milliards de FCFA par année. Mais la mafia se gratifie d’un peu plus de 1 milliard FCFA chaque année. Pour cette ristourne, des partenaires peu rigoureux sont nécessaires. C’est ici qu’interviennent des acteurs comme Guus Kouwenhoven, son fils Serge Kouwenhoven et le seigneur de guerre libérien Colonel Fox. Les sociétés écrans réalisent des prestations bidons contre des sommes pharaoniques et rétrocèdent sous la forme de salaire et de bonus faramineux l’argent ainsi blanchi.

Tous les cadres sont conscients de ce phénomène et attendent la réaction du ministre. Ils se demandent pourquoi le ministre Djombo puis la ministre Rosalie Matondo ne se sont pas saisis pas du vendeur d’arme et du seigneur de guerre Fox ? C’est parce que la contrebande forestière est la dernière mamelle de financement de l’appareil bureaucratico-militaire-tribale de Sassou Nguesso. C’est Madame Rosalie Matondo, conseillère et maîtresse de Sassou avant d’atterrir au Ministère des eaux et forêts, qui à travers le ProNar aurait achevé l’implantation de cette mafia. Il était question pour Sassou de consolider la deuxième mamelle de la tyrannie.

Les Directeurs départementaux  concernés sont chargés de rançonner les transporteurs des bois. Sous mille prétextes les brigades, postes de contrôle et les brigades mobiles collectent les fonds sur le réseau routier. Au niveau central, la tenue des réunions de la commission des agréments est systématiquement retardée, les renouvellements des agréments se font au compte-gouttes. Ainsi  les usagers sont contraints à payer des pots de vin. Selon les quantités transportées le transporteur peut dépenser pour un seul voyage entre 500.000 FCFA et 1.000.000 FCFA.

Les Directeurs départementaux laissent  certains usagers sans permis perpétrer des coupes pour des quantités importantes ; ensuite les délinquants se présentent volontairement à l’administration forestière pour régulariser ces coupes. Il s’agit simplement d’un blanchiment des coupes frauduleuses. Le chiffre d’affaires de cette activité dans les Plateaux, le Niari, la Lékoumou peut dépasser 1,5 milliards de FCFA par an. Le bois de contrebande serait quant à lui certifié complaisamment par la FSC de Mathieu Schwartzenberg. Ainsi il est bon pour l’export : direction l’Union Européenne.  L’argent généré sert à l’achat d’armes et maintient viable le réseaux d’informateurs de l’appareil sécurito-tribale du régime.

Source : Collectif Sassoufit

Diffusé le 26 avril 2017, par www.congo-liberty.com

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