Jardins de la culture

La culture, sésame de la reproduction des élites. I. Le dire autrement

Jardins en friche

 

On vend la culture, on la consomme, encore plus en ces époques dubitatives, où même la mention « bio » sur les aliments est signe de trahison possible du consommateur. Il y a d’ailleurs quelque chose de fondamentalement cohérent dans cette défiance si on considère que la culture provient de la semence agricole. Si les pesticides sont partout et empoisonnent les sols, comment la culture pourrait-elle y échapper, elle qui n’est que le rejeton de racines malades.

Jamais on n’a autant parlé, autant écrit sur le plaisir gustatif que procure la baignade, à la limite de la noyade dans ces fleuves aux multiples ramifications. Chaque semaine sortent des films, des adaptations théâtrales, des livres… on enchaîne les prix, les récompenses. Du plus prestigieux au plus humble, le prix révèle ce mercantilisme à l’oeuvre, supposant le talent toujours présent, et son évaluation nécessaire.

Il ne viendrait à l’esprit d’aucun ou d’aucune de refuser cette indigestion collective. On préfère payer l’addition à la sortie du grand bazar. La raison s’atrophie en calculette, toujours présente sur les portables, et ce à titre gracieux, dans le monde des applications où la communauté est d’abord une coopérative des efforts pour amasser toujours plus, et finir dans un salon de massage, histoire de faire mieux le vide .

Il y a bien sûr tous ceux qui sont fidèles. A quoi ? D’abord à leurs certitudes. Ils croient en la culture pour tous, comme ils disent. Ils cherchent à s’agripper, ont parfois le vertige, mais ne veulent pas lâcher cette proie si difficilement acquise. Attitude risquée sans rambarde. Chambouler la culture, ils n’y pensent pas. Il faut respecter cette travailleuse qui à son tour nous met en demeure de lui présenter nos travaux. La culture est liée au labeur, aux gelées intempestives qui compromettent souvent les jours à venir. Parfois même en dehors des jours de grand vent, les cultures au sol résistent à cette empathie du « savoir-faire » Certaines plantes ne poussent pas n’importe où. Question de sol, d’exposition, plusieurs raisons se croisent. Il y a en chaque individu une « tendance à » devenir autre, dans la présence à soi. La plante et l’homme sont proches en cela. Cette inclination qui nous pousse à choisir, c’est déjà de la culture à l’état de germe.

Nous baignons dans un monde où le langage s’éprend de ce mot, la culture, ne sachant plus trop que faire, une fois enlacée à celui-ci.

Écoutons le ressac impitoyable des mots sur les récifs.

 

Démesure de notre monde. Les mots de l’excès font rage.

 

Les murs en cachant la verdure enterrée, pleurent une larme de béton sur la boue qui salit les anciens maraîchers. Seuls quelques uns ont sauvé l’histoire des ruines. Normal, ils se sont achetés des fermes, s’enfermant dès lors dans les rêves de la valeur culturelle de ces lieux. Des lieux à mille lieues de la culture partagée.

 

 

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