A Aubervilliers, portraits de...les élections municipales I.

Du côté communiste les analyses et les stratégies divergent

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Etonnant silence du joueur de go. Il encercle son adversaire en des points stratégiques. Le but est de contrôler le plan de jeu en y construisant des « territoires ». Les pierres encerclées deviennent des « prisonniers », le gagnant étant le joueur ayant totalisé le plus de territoires et de prisonniers. Rien à voir avec le jeu d'échec qui ne se soucie pas des territoires.

Je cherche depuis plusieurs mois à cerner la stratégie électorale de la municipalité sortante d'Aubervilliers. Le Parti communiste y assure depuis plusieurs décennies - sauf interruption passagère en 2008-2014- un monopole. Le parti communiste ? Ce serait plus exact d'affirmer que "l'unité " se dilue

Plusieurs militants communistes en effet se sont détachés des rouages du pouvoir municipal afin de retourner à une tendance plus archaïque. Prenons ce mot au sens de "principe". Certains "communistes populistes" - mot forgé pour l'occasion- préfèrent conserver la doctrine qui fait de la misère le moteur de l'histoire non plus en marche mais figée dans un éternel recommencement. Les séductions de ce discours schlérosé ne valent que pour des militants ou/et électeurs attachés à un passé qui ignore tout des changements urbains de la ville.

Derrière la candidate officielle du Parti, Meriem Derkaoui,  le ton se veut plus moderne. On défend l'héritage culturel de Jack Ralite, sans vraiment mettre en oeuvre une réelle politique culturelle. Le nom de l'ancien Ministre résonne tel un mot magique, ou encore, évocation lointaine du performatif austinien, le nom vise à réaliser l'action. Plus simplement, la culture devient dans la politique municipale le choix des acteurs nouvellement installés. C'est tout l'art d'agir, de s'emparer d'un territoire sans en avoir l'air.

 C'est la raison qui m'a conduit à interroger l'intérêt municipal pour les cafés culturels. Technique classique d'occupation des lieux et territoires. Jadis le PCF occupait la place de dénonciateur du capital, aujourd'hui il ouvre les vannes pour les "nouveaux" arrivants, pas nécessairement hostiles au capital. On est passé de la fréquentation des bars ouvriers à celle de "cafés culturels", comme si la culture ouvrière était définitivement enterrée. D'où la stratégie des "vieux" communistes rivés à leur jeu d'échec. 

Partie de go des "jeunes communistes" formés à l'école de la communication, la  conquête de nouveaux territoires électoraux c'est la revendication du dialogue. Autre nom de cette façon de faire : l'agir communicationnel d'Habermas, philosophe. En clair, le dialogue dissimule l'idéologie. Quoi de plus utile dès lors que de financer un café culturel pour renouveler un électorat politique en miettes ?

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