A Aubervilliers, portraits de..Fouad Fassa infirmier libéral

un humaniste au service du soin

Il est jeune et y croit ! Lui, c'est un infirmier dans une ville où le manque de  médecins et infirmiers a créé un état de pénurie. Aucun  n'a envie de venir y  travailler. Alors heureusement on croise parfois des gens comme Fouad. Il travaille en libéral tout seul. Ce n'est pas qu'il ait envie de vivre seul au milieu de ses patients. Il y a des motifs. Le principal c'est le manque de confiance en soi des potentiels candidats. Porter la responsabilité de ses décisions fait peur à beaucoup. Lui il assume ses choix,  sourire à l'encoignure des lèvres et éclats de rire garantis.

La souffrance humaine il la voit, il la ressent. Comme ces fleurs qu'il adore regarder, dans un sursaut de rêverie. Car un infirmier même souriant doit être sérieux. La rêverie ce sera une fois rentré chez lui à 22h après avoir commencé à 6 h. On ne joue pas avec la vie des patients. Moi j'ai Parkinson. On m'a installé une pompe qui m'aide à recouvrer forme humaine. Presque une seconde vie. Il fait la piqûre le matin et enlève le tout le soir. Entre ces deux rendez-vous, il vaque aux soins de ces patients atteints tous de maladies diverses, loin d'être toujours acceptées ou acceptables.

Il sonne. Compétence et empathie sont deux de ses qualités. La porte s'ouvre sur l'énergie de l'homme du soin. On lui fait confiance car il a relégué loin son statut professionnel. Il n'a pas besoin de se justifier. Son être est ouverture.

Un vrai protocole son installation quand il vient pour me soigner. D'abord il a ramené une boîte à rangement, histoire de s'y retrouver. Pansements, désinfectant, boîtes d'ampoules, aiguilles, tensiomètre, tout est là. 

Il est méthodique et les gestes sont sûrs. Je me dis que le rire est la garantie du savoir faire. Cela semble facile. Je m'entraîne aux mêmes gestes. Le corps ne se plie pas si aisément à la répétition assurée des gestes qui lui sont étrangers. Les habitudes ne s'acquièrent pas  si vite que cela.

Soigner est un véritable acte existentiel par son ouverture à l'humain.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.