A Aubervilliers, portraits de...MMe Derkaoui, la Maire d'Aubervilliers

Rencontre avec la femme, la mère, la maire

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J'ai rencontré Mériem Derkaoui un jour de fête à Aubervilliers. Je la remercie d'avoir accepté cette rencontre ce lundi 8 juillet une heure avant le Conseil Municipal. La maire d'Aubervilliers a été instituée telle par Pascal Beaudet, le maire démissionnaire, gendre de Jack Ralite qui lui avait lui aussi légué sa fonction, bref une double histoire d'héritage. La filiation dont Jules César ne se remit pas - "toi aussi mon fils"-  est une des clés du modèle politique d'Aubervilliers. D'où un certain nombre de confusions qui a transformé le système politique de cette ville en un paternalisme, quels que soient d'ailleurs les partis au pouvoir. Autre héritage, celui de la dissociation du pouvoir et de la morale, si celui-ci entreprend de durer. La position de Meriem Derkaoui relève d'un tel héritage. En cela la Maire n'a pas innové. Sauf qu'elle n'a pas mêlé sa famille au pouvoir ce qui ne peut qu'être louable. C'est pourquoi de la mère nous n'apprendrons rien sauf un nécessaire éloignement de ses proches qu'elle ne veut pas mêler à une vie qu'ils n'ont pas choisi. Séparation du public et du privé à la qualité fondamentalement républicaine. Oui, mais... le même jour j'avais reçu un courriel de la municipalité m'invitant à un vernissage organisé par ses soins. Qui est cet artiste dont la présentation fait de lui un grand parmi les grands, au point d'accrocher sur les grilles du square  ?

Si on se place du côté de la morale, on trouvera le procédé condamnable. Il est en effet le fils de... son père, fervent militant communiste proche de la maire, briguant une place sur la liste de la maire, d'après les rumeurs que la préparation des futures municipales ne manque pas de répondre..

Un grain de sable au milieu de tant d'autres...

Nonobstant, Machiavel nous a laissé comme héritage la dissociation du politique et de la morale dont fit tant usage F. Mitterrand. On retrouve certains de ses propos chez Gracian :  «  Ne pas mentir, mais ne pas tout dire. Ne pas tromper, mais laisser croire... Les hommes aiment si peu la vérité qu’il est inutile de courir le risque de leur mentir. Leur propre médiocrité morale se chargera de les en détourner ». Ou encore :  « se couvrir de la peau du renard, quand on ne peut se servir de celle du lion »

Les courtisans ont toujours servi le pouvoir. Les semblants de la morale aussi.

Pendant cet entretien, nous discutons formation, engagements, de ses années aussi de militantisme clandestin en Algérie. Prendre des risques Mériem Derkaoui s'en souvient encore. Avec les amis, elle est loyale, mais les ennemis elle les méprise. C'est peut-être cela qui lui vaut ce regard détaché des affects, ce sourire froid. Elle a un bac+5 me dit-elle, une formation juridique, qui explique une rigueur propre au droit fait pour redresser les défaillances. La vie clandestine a développé en elle - comme en tout individu soumis aux mêmes impératifs- la maîtrise du secret et de l'ombre. C'est une question vitale.

Je lui parle de son autoritarisme qui lui est reproché. Elle vient d'une culture où la femme occupe une place quasi inexistante...Elle a conservé son mode de défense : prendre la parole, s'adresser à la population comme elle dit, et ceci sans intermédiaire. Le maire a pour responsabilité tellement de sujets, rajoute-t-elle, qu'elle ne voit pas l'utilité de ces réunions avec les autres élus pour "décider". Il y a là perte de temps. Les habitants veulent tout tout de suite. Pour elle la question est là. Faire face à l'urgence, satisfaire les habitants. Travailler d'arrache-pieds. Elle-même se présente comme travailleuse, avant que d'être une femme politique. 

Le secret, la décision responsable et risquée, la solitude, cela la conduit à rester seule sur la chaloupe. Jack Ralite, me dit-elle ne faisait-il pas la même chose ? Mais lui c'était un homme, alors... Etre femme dans un monde patriarcal, c'est une toute autre histoire. Elle a lu Beauvoir, Le Deuxième sexe. Un classique de la littérature existentielle. La vie est un combat.

Mais il y a autre chose qui lui est propre. Comme elle le dit c'est son goût pour le travail. On est loin avec elle des discours doctrinaux. Elle s'intéresse plus à la gestion de la ville qu'à des idéaux. Lutter contre l'injustice sociale est son seul parti-pris. Elle dit ne pas faire dans le multiculturalisme, même si elle s'appelle Meriem Derkaoui.

Elle parle de ses détracteurs, de ses opposants, ne confondant pas tout. 

Au début de l'entretien, elle avait refusé que l'on interprète ce portrait d'elle comme appartenant à une campagne électorale. Ce n'est que l'histoire d'une femme qui s'est battue. On peut ne pas être d'accord avec elle, dénoncer des erreurs, mais elle n'en demeure pas moins fidèle à sa fonction telle qu'elle se la représente : décider... seule.

 

 

 

 

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