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Ils sont venus, ils sont tous là... c'est la guinguette du Montfort. Les ouvriers en moins. En termes de "com", ce n'est plus le coeur de cible. Des enfants dansent, un africain joue des percussions, sous l'oeil attendri des parents, soucieux de leur ouverture culturelle. La culture en ce moment se rapproche de ses origines, l'agriculture, les paysans en moins. On mange bio, un biologique contrôlé par des médecins, nos gourous aux manettes de l'hygiène de vie collective..
Les médecins, parlons-en ! ils avaient placé Miguel, atteint d'une maladie handicapante au niveau moteur depuis sa naissance, avec des enfants atteints de handicaps mentaux. Ses parents ont réagi très vite. Ils l'ont retiré des mains de la science pour une vie familiale qui a su s'adapter à la singularité d'une vie, à la différence de ces villes si peu attentionnées envers les handicapés. Peut-être parce qu'ils osent vivre malgré tout, le regard meurtrier des hommes et des femmes de la normalité s'acharnent à les classer, et surtout à les oublier.
Se déplacer demande une véritable organisation m'explique Miguel. 48h pour le RER. Il faut réserver. Le métro n'en parlons pas. Alors, il a acheté une voiture à laquelle il a ajouté 3000 euros de frais pour avoir le droit de vivre hors les murs.
Une promenade écologiste dans la ville, c'est les pots d'échappement dans le nez. Les trottoirs embouteillés, transformés en itinéraire bis pour vélo, scoots et motos pressés, que Bison Fûté n'aurait pas osé conseiller. On est à ras du sol, pris dans les déchets.
Cette entrave à la libre circulation est contraire à cette égalité dont se gargarisent les panneaux municipaux.
Pour Miguel, le pire c'est cette atteinte à la liberté. Pour une liberté sans marche serait un bon slogan dit-il avec humour. Avec sa voiture, il sent un vent de liberté. L'humain il connaît bien, l'humain avec ses non-dits, sa bienveillance qui se confond avec un assistanat. Hier soir, il était à l'espace Renaudie. On l'a tracté dans un monte-charge hors-norme.
J'avais honte en regardant cette réduction de l'homme à une charge, mot si bien adapté à ce que l'on fait comprendre à tous les handicapés de cette ville et d'ailleurs. Un de ses amis a parcouru le trajet Villette-Renaudie. Il faisait de l'humour avec cette réduction de l'humain au dérisoire.
J'avais honte de voir mis en vedette les contraintes non choisies d'une vie.
Alors j'ai compris l'engagement politique libéral de Miguel. Cette liberté dont Eluard criait et écrivait le nom, cette liberté qui l'a conduit à soutenir la campagne de Sarkozi, cette réalisation du politique sous la forme de la libre circulation des biens et des personnes, cette liberté il a choisi de la vivre loin des murs des préjugés et de l'assistanat. Il y a des discours du social rabaissant l'homme en dessous non pas du minimum vital, mais du minimum humain.
Si les chemins de l'aventure lui sont fermés, il y a en lui une puissance de la volonté, du désir et de l'imaginaire, qui est le propre de l'humain. Il se bat sur les chemins de la bêtise et de la suffisance. Il se bat avec tous ces militants des causes gagnées d'avance. Se battre au nom de la justice et du droit à exister, c'est bien plus que verser sa cotisation à un parti. C'est aussi être vigilant. Pour éviter que l'innommable, la bête qui sommeille et ne s'endort jamais, ne ressorte de l'ombre.
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