Les mots : la laïcité

Dire les choses simplement, c'est mon objectif

Nous aimons les formules choc. Leur évidence est si peu contestable que prendre le temps de les examiner produit parfois un petit séisme. Le “vivre ensemble” par exemple. Cela semble aller tellement de soi qu’il ne viendrait à l’esprit de personne d’en contester la légitimité. C’est une expression courante. Facile à dire. Qui ne suppose aucun travail de décryptage. C’est plus complexe lorsqu’on l’applique. Vivre dans un immeuble par exemple, suppose des concessions. Votre voisin décide sur un coup de tête de se servir de sa perceuse qu’il a eu pour son anniversaire. Tout à sa joie, il la met en marche à 8h du matin, un dimanche. Protestation des autres voisins qui subissent la conception que celui-ci se fait de sa liberté. Soudain la question se déplace. On vit dans une République. Alors on est forcément libre. Evidence qui mérite toutefois un “arrêt sur image”. Dans un autre registre, plus près de nous le port du masque a été déclaré nécessaire. C’est encore au nom de cette liberté que certains considèrent son port comme une entrave. Pas évident de se mettre d’accord. Et pas de “vivre ensemble” qui ne dure longtemps si on ne clarifie pas le sens de cette liberté au sein du groupe social. 

 Parlons donc de cette vie avec les autres au sein de la ville. Une ville est d’abord un espace où s’organisent les échanges. Echanges de mots, de coups, de caresses, la liste est longue. La ville est donc un espace de mise en relation des individus. Vivre seul est certes possible mais là aussi la solitude ne dispense pas d’un certain nombre de contraintes pour pouvoir la vivre. C’est le but des règles que de permettre à tous de vivre dans une bonne entente. 

Mais complexifions l’approche. Chacun d’entre nous possède des croyances, des convictions. Croire ne se réduit pas à la croyance religieuse – celle-ci n’est en effet qu’un cas particulier de croyance. On peut croire en un monde meilleur, en la liberté, en soi... Les objets de la croyance ont ceci en commun qu’ils peuvent être partagés... mais qu’ils peuvent aussi être contestés.  Une République en permettant la libre expression des opinions et croyances prend le risque démocratique du débat afin de ne pas tomber dans le piège du dogme. Un dogme c’est une affirmation qui ne se discute pas. Refuser de laisser une place à la croyance par exemple est une décision dogmatique et autoritariste. Parce qu’elle ne se discute pas.  

Par conséquent le “vivre ensemble” consiste à faire cohabiter diverses convictions parfois contradictoires. Donner un cadre à la discussion afin de ne pas figer chacun sur ses positions, c’est accepter la diversité des opinions, ce qu’on nomme tolérance. Mais au-delà de cet esprit d’ouverture, il faut un cadre légal afin de laisser chacun libre d’adhérer ou de ne pas adhérer à des opinions qui ont le droit de s’exprimer sur la place publique. Cette légalité fondée sur l’expression de la loi qui seule possède le droit de censure – ce qui exclut l’individu de ce droit de censurer – c'est le travail de l’Etat fondé sur les droits de l’homme et du citoyen, qui veille par ses lois à ordonner l’espace public.  

Ainsi, on ne peut parler de liberté que si l’Etat institue des espaces publics de discussion. Séparer l’intérêt privé de l’intérêt public, exiger la mise à la question des opinions, bref, séparer le particulier de l’universel dans le but de les concilier, c’est tout simplement ce que l’on nomme la laïcité. 

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