Aubervilliers : droite unie, gauche divisée

Karine Franclet est une candidate peu ordinaire. C’est une de ces femmes de droite par qui la surprise arrive. Quand elle a lancé Changeons Aubervilliers, elle a réuni autour d’elle ses partisans bien sûr dans l’intention de gagner mais surtout de donner chair et sens à une République laïque  - la laïcité n'étant pas opposée à la religion - à Aubervilliers. C'est une des raisons, même si ce n'est pas la seule, qui explique la présence de plus de 400 personnes à ses vœux. La salle était pleine à craquer ce dimanche 12 janvier. S'il y avait des séniors, la jeunesse était là, tout comme les femmes, les hommes. Ici ce qui importe c'est l'ouverture. Karine Franclet est une femme qui veut rendre à l'institution ses lettres de noblesse, condition de sa puissance.

C'est assez classique d'opposer droite et gauche sur le social. A Aubervilliers, la coupure est ailleurs.

On insiste beaucoup dans les analyses sur l’éclatement de la gauche. En fait ces multiples listes ne sont pas faites pour se rencontrer. La raison essentielle est leur position à l’égard de la question dite du multiculturalisme. Si la France insoumise s’est retirée de la coalition qui succéda à #R2A, ce n’est pas par hasard. Ses convictions la conduisent à accepter la valorisation des différences dans un contexte laïc. Si ce terme est à prendre au sens de démarche critique et rationnelle à l’égard des dogmes de toute nature – ce qui ne le réduit pas à une signification anti-religieuse - il va de soi qu’il est au cœur des débats politiques des Municipales albertivillariennes .
On assiste à un étrange ballet où le terme « laïc » détermine le positionnement à gauche. C’est le traitement de la laïcité qui est le baromètre des alliances. 
Si 2014 manifeste la reprise en main par le PCF de la ville, jusqu’à cette date le PC, par l’intermédiaire de Jack Ralite, a aussi le monopole culturel. C’est la démission puis la mort de Ralite qui montrent combien sont faibles et contradictoires à ce jour, les discours culturels sur la ville. Le multiculturalisme ambiant détruit les efforts de construction d’une universalité culturelle dans ses singularités. A cette préoccupation s’attachait le discours de Ralite, faisant la synthèse de la culture ouvrière et de la culture des institutions de l’Etat. Dans le même temps ce discours sur l’ouvrier « fier » de son travail, refusant de se dissoudre dans les méandres de la société n’est-il pas le lit de ce « multiculturalisme » qui distribue aussi des moments de « fierté » à l’image des bons points ?

Ce qui fait défaut c’est un discours autre que celui du multiculturalisme. Faire une place à l’universel, tel est l’enjeu. Ceci explique l’accueil sur la liste de M.Derkaoui, de la « transition » écologiste, du genre, et autres discours portés par des minorités. Valorisation des autres minorités que les minorités ethniques , en élargir le concept au nom d’une justice qui pose problème. Qualifiée de justice sociale, elle a un relent de revanche.


Marc Guerrien, PS, et Karine Franclet sortent de l’impasse dans laquelle se trouvent les autres listes. Leur projet : sortir du discours et du culte de J. Ralite et se tourner vers d’autres lieux. Si Marc Guerrien investit le champ universitaire, Karine Franclet tente de rassembler dans le souci de la diversité locale. Deux démarches différentes. L’individu prime pour la candidate. Elle cherche la rencontre, le terrain. C’est ainsi que se construit son programme : une écriture en train de…s'écrire.

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