A Aubervilliers, portraits de...Boualem Benkhelouf/ Kheloufi

La boxe est une leçon de loyauté

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Voici ton portrait Boualem. Tu m'as un peu compliqué la vie quand tu m'as dit je ne parlerai pas politique. Alors j'ai pris du temps. Le temps de voir comment j'allais parler d'un homme public et chaleureux, à l'accent du Sud Ouest. 

J'ai pris acte. Je ne parlerai pas de la politique. 

D'ailleurs la politique est une affaire de distribution des pouvoirs alors que le politique est réflexion sur l'organisation et la finalité de l'espace public. A ce titre tu occupes une place dans la Cité, cette "polis" qu'est Aubervilliers, une ville où tu te bats pour un "bien vivre". Mot qui je l'avoue ne veut rien dire, du fait de ce relativisme du bien nous conduisant à une sorte de scepticisme. Mais laissons de côté la philosophie. Tu n'aimes pas.

Boualem, tu es un homme qui a des valeurs : solidarité, justice sociale, le sens du commun. 

Tu es connu Boualem. Sur tous les fronts de l'injustice. Comme cette ville qui s'est construite sur des affrontements, des douleurs. Dans ta jeunesse tu étais boxeur. Mon grand-père l'était aussi le temps de casser son nez.

Un ami t'a consacré un portrait dans son livre Moi, monsieur Lacasa Manuel, entraîneur de boxe.  

Le goût de l'honneur et de la loyauté tu en as hérité de ces années sur le ring. Tu ne jettes pas le gant. Tu es de ceux qui persévèrent sans modération. Avec une serviette pour essuyer la sueur, et  tu tentes d'éviter les coups... Mais tu sais te défendre.  

Parlant de ton entraîneur de boxe tu dis avoir envers lui un profond respect. Il t'a enseigné la politesse, la discipline, la persévérance... autant de qualité politique finalement. Tu étais quelqu'un de timide qui avait du mal à prendre la parole. Tu es aujourd'hui d'abord un homme de terrain. Elu en 2014, et ce pour la première fois tu es devenu un homme politique chargé de la démocratie participative. Tu es d'abord un grand bavard, et on a du mal à concevoir une quelconque timidité dans ton passé.

C'est vrai que tu as le souci de la parole, moment essentiel de la démocratie. Dans les quartiers tu vois les difficultés et les conflits. Pas facile de remédier aux dérapages des mots. Le mérite de ces expériences, c'est de développer une lucidité. La tolérance, le respect d'autrui sont des valeurs bien fragiles. C'est sur le terrain que tu comptes trouver des accords afin de donner sens à l'intérêt commun.

Homme engagé, et fidèle à ces mêmes engagements, tu suis la ligne municipale à laquelle tu appartiens. Par choix car tu sais que les désaccords sont source d'éparpillement : on en perd le nord, le sens du mandat. Les querelles tu les tais, l'enjeu étant d'abord l'intérêt commun des citoyens. Longtemps représentant syndical CGT, tu as diverses fois vécu les conflits, les négociations...Ton arrivée à Aubervilliers en 1981, n'a rien changé à tes convictions d'homme de gauche disponible au dialogue.

Militant associatif tu défends les projets à l'échelle locale aussi, sans négliger des projets nationaux. Tout cela pour dire que tu peux être comme on dit "têtu" mais aussi ouvert à des propositions. Le nerf de la guerre, on le sait ce sont les aides financières. Tu y oeuvres mais soyons clair les élus ne peuvent pas tout régler à coup de donations. Si tout ne se réduit pas à des moyens, il pense qu'il faut inventer des solutions. Alors il faut faire face au mécontentement... sans jamais jeter l'éponge... ou le gant. Autre nom du courage.

Etre militant c'est s'inscrire dans le temps de l'attente et de l'action. C'est surtout, et tu n'as cessé de le rappeler, la fidélité à tes convictions qui te guide. Cela s'appelle la loyauté, cette fidélité à soi et aux autres. "J'attends un retour me dit-il, une loyauté à mon égard qui soit réciproque, ce qui est loin d'être toujours le cas. J'accepte de me tromper, de corriger... Mais... La trahison je n'aime pas."

Le roc et la terre, il les porte, Boualem. Il est homme aux deux noms du fait d'une erreur administrative : Benkhelouf ett Kheloufi.

Homme enraciné doublement dans la force des convictions.

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