A Aubervilliers, portraits de...La maison des langues et des cultures

Jusqu'à jeudi soir, Aubervilliers est la nouvelle Babel : la Maison des Langues et des cultures.

Ca y est le projet d'une maison des langues et des cultures a pris corps à Aubervilliers. C'est une vieille histoire. L'histoire de la tour de Babel d'abord. Les hommes se comprenaient alors, jusqu'à ce que les Dieux prissent peur et divisassent les hommes en différenciant les langues. Dès lors ce fut un combat sans fin entre les hommes qui ne se comprenaient plus. 

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Aubervilliers c'est une ville où les nationalités sont multiples. La maison des langues et des cultures parie sur la capacité à apprendre une langue par la force du désir en s'imprégnant des cultures du pays, plutôt que par les contraintes d'un programme. Les divers colonialismes ont eu raison de la diversité des langues, par la contrainte d'un faux universalisme. Inutile dès lors de reproduire la même erreur. L'apprentissage est souvent dû à soi-même, à son désir. C'est ce en quoi croit Carlos Sémédo, directeur de la Vie Associative. Près de partir à la retraite, il voit ce projet qui lui tenait à coeur se réaliser.

Le projet est soutenu par l'Unesco qui a instauré la journée de la la langue maternelle tous les 21 février.

L’idée de célébrer une Journée internationale de la langue maternelle provient du Bangladesh. Elle a été approuvée à laConférence générale de l’UNESCO en 1999 et est observée dans le monde entier depuis 2000.

Le Mouvement pour la Langue (bengalî : Bhasha Andolon) était un mouvement culturel et politique en 1952 dans l'ancien Pakistan oriental, devenu depuis le Bangladesh).

Après la formation du Pakistan en 1947, les dirigeants du Pakistan occidental majoritaires au gouvernement, décidèrent de faire de l'Ourdou (langue du Pakistan occidental) la langue nationale du Pakistan tout entier. La population bengalophone, numériquement majoritaire dans l'ensemble du Pakistan, s'éleva contre cette décision et demanda un statut d'égalité pour sa langue, le bengalî. L'affaire prit mauvaise tournure en février 1952, quand le gouverneur du Pakistan oriental, Khawaja Nazimuddin, rappela la position du gouvernement à propos de la langue nationale.La police proclama la « Section 144 » qui interdisait toute réunion. Malgré cela, les étudiants de l'Université de Dhâkâ avec d'autres militants politiques formèrent un cortège le 21 février 1952. Près de l'actuel centre hospitalier universitaire de Dhaka, la police ouvrit le feu sur les manifestants et il y eut de nombreuses victimes. Le mouvement s'étendit dans tout le Pakistan oriental. Finalement le gouvernement central céda, et l'égalité linguistique fut proclamée. Ce mouvement est le précurseur du mouvement qui aboutit à l'indépendance du Bangladesh en 1971.

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En mémoire du mouvement, une sculpture fut érigée sur la place du massacre, le Shaheed Minar. La journée du mouvement pour la langue est un jour férié au Bangladesh. Puis, en novembre 1999, le 21 février a été déclaré « Journée internationale de la langue maternelle » par les Nations Unies

 Pour l'occasion un groupe d'acteurs et chanteurs ont mis en scène dans leur langue, cette histoire nationale.

Depuis 2009, Les Souffleurs commandos poétiques développent à Aubervilliers  « La Folle Tentative » : une œuvre de poétisation permanente du territoire albertivillarien. Présents à la rencontre, ils collectent divers textes, en toutes les langues afin de participer à la construction d'une mémoire de la ville.

Chaque langue présente son alphabet, cette structure fondamentale de la pensée. Les lettres évoquent un imaginaire lointain, une architecture du rapport au monde. Mieux se comprendre en intégrant les valeurs et les croyances d'un pays et d'un homme ou d'une femme, traverser divers imaginaires avec sa propre imagination, découvrir que l'universel est une notion qui pose problème au même titre que la raison, bref comprendre que la langue est fabrique - poiesis- du monde, c'est faire aussi oeuvre poétique de soi.

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