A Aubervilliers, portraits de...la participation démocratique

 

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Si le politique pense corriger par les lois les conditions et conséquences de l'action des hommes, pris dans leur ensemble, sa finalité étant de garantir la sûreté des citoyens, la question qui se pose alors est celle du choix du législateur.

Pathologie du pouvoir

Peu de lois suffisent écrivait Montesquieu. Plus les lois sont nombreuses, plus elles réduisent l'exercice du jugement et portent atteinte à la liberté de l'individu. De la même façon voyait-il dans le pouvoir d'un seul un moindre mal à celui du nombre. La difficulté de la démocratie est le glissement dangereux du peuple à la foule, de l'intérêt commun, aux intérêts multiples et contradictoires. A Aubervilliers l'importance de la "tête de liste" confirme ce goût pour la représentation d'un "moi" pathologiquement atteint. Droite et gauche se rassemblent et ressemblent sur ce point. Ces égo malades du pouvoir - et de l'argent, conséquence inéluctable, devraient se retrouver dans les arènes de certains quartiers de la ville, où ils ne vaudraient guère mieux que les fameux "jeunes" qui pour beaucoup ont vieilli. Voir certains élus au sourire Colgate suspendre le Conseil Municipal au nom d'une justice des privilèges, m'inquiète. 

Pouvoir et courtisans

Le ballet des courtisans c'est aussi un désir de distinction, de reconnaissance. Ils s'épuisent de la même façon que les cultureux dans les soirées mondaines. Ils ne manifestent que leur propension à suivre leur propre vacuité. On les trouve dans tous les régimes ces courtisans. La Bruyère écrit Les caractères et leur consacre un chapitre. Reprise de Desproges. 

Pierre Desproges - La cour © Chris Vdm

 Participer c'est s'exprimer

Président de, chargé de mission... les mots-valises vampirisent la pensée et remplissent le néant. Interrogez les partis en lice aux Municipales. La mode est aux questionnaires. On simule la méconnaissance, on pose des questions à la place des citoyens. On appelle cela la démocratie participative. C'est bien d'avoir participé ! Parole de consolation proférée à ceux qui ont perdu. Participer au lieu de gagner. Gagner quoi d'ailleurs ? La première place. Participer c'est prendre part au débat, sans pour autant obtenir la place attendue. Participer c'est accepter de perdre. C'est concourir par la parole dans le cas de la démocratie. C'est d'abord s'exprimer. 

Participer c'est aussi "prendre part à". Rien ne dit que toutes les parts sont égales.

Participer au jeu démocratique c'est jouer au risque de perdre la partie. Le problème n'est donc pas tant celui de l'invention des lois mais celle de leur application. La démocratie apparaît comme le régime le meilleur. Représenter établit un écart entre le représentant et le représenté. Un représentant est également distinct de lui-même. Il s'inscrit ainsi dans un double jeu. Ni un double des représentés - le peuple- ni un double de lui, ce qui  nous renverrait à la monarchie... et au pire  à la tyrannie.

La crise de la représentation du fait de la collusion entre représentant - personne juridique, au sens de masque, compte-tenu de l'étymologie du terme "personne"- et le moi incarné que je suis, ont conduit à  une critique radicale de la démocratie. L'appel à la participation en est la conséquence. Il s'agit de faire face aux passions incontrôlées des individus tentés par le poids de la foule. Quand le politique ne relie plus les citoyens à la loi, le risque est la violence. Si le politique se fait passion, plus rien ne contient cette violence destructrice des hommes.

Que faire ?

On ne cesse d'entendre que la solution est la chasse à l'abstention, la prise de conscience citoyenne. On est ici en pleine illusion. Il ne suffit pas d'être lucide pour voir clair (lucide vient de lux, la lumière). Il ne suffit pas de voir sa douleur pour en connaître les raisons. Autre illusion : croire que les abstentionnistes voteraient comme nous.  

Participer est aussi une injonction. Participez...sinon ... ! N'est-ce pas contradictoire ? Le refus de prendre part, est l'affirmation qu'on ne veut pas participer pour de multiples raisons, non réductibles à la seule indifférence paresseuse. Ainsi, en appeler à une démocratie participative c'est rejoindre ces propos de Rousseau dans le Contrat Social : "On les forcera à être libre". 

La démocratie participative ne peut se dispenser d'une hiérarchie. Ce que la figure du maire rappelle.

Laisser aux citoyens la pensée législative c'est leur faire oublier le poids de la décision. L'exécutif peut se servir du décret et donc se dispenser du législateur. Ici le peuple. C'est une autre façon de concevoir le sens que prend parfois la démocratie : un opium pour le peuple...

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