A Aubervilliers, portraits de... une poussette en ville.

Tribulations d'un regard

 

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Elle est pressée. Le mari est parti très tôt au travail, comme tous les jours. Elle doit passer à la banque avant d’amener leur fille chez la nourrice. Après, c’est le bus 150 ou 170 au choix. Il faudra faire du forcing, histoire de ne pas manquer le métro. Elle part en direction du centre-ville, à pieds, avec la poussette. Pas la peine de prendre le bus, déjà envahi par d’autres poussettes. Elle tente de suivre le trottoir en ligne droite. Impossible. Les travaux des divers promoteurs ne connaissent pas le code des poussettes. Trois fois elle doit descendre sur la chaussée, elle aussi chaotique.  

La roue se coince soudain dans un trou. Personne ne l’aide, visiblement pris dans la logique d’évitement de la perte de temps. Sa fille se réveille brutalement. Pas d’airbag, le sursaut est brutal.

Finalement elle redémarre… jusqu’au bout du trottoir. Là gît une camionnette, pas loin du tabac. Son propriétaire gratte un jeu et s’oublie dans l’appât du gain. Elle doit traverser pour rejoindre sa ligne dont la droite est de plus en plus en zigzag.

Elle voit enfin la banque. Nouvel arrêt brutal. Une voiture l’a ostensiblement ignorée.

Sa fille est en pleurs. C’est vrai que se réveiller ainsi…

Puis direction la nourrice. Elle est au moins contente d’une chose : elle n’entend plus les pleurs.

 

Pots d’échappement, mauvaise humeur, klaxons, elle se fraie un chemin. Bus blindé. Tout le monde rêve d’une carte handicap… Quatre-Chemins, c’est le moment de s’extraire, poussée par une force centrifuge. Elle transpire. Devant le métro, les habitués font leur business de “cigarettes pas chères”. Pour l’instant, elle descend enfin du bus. Deux poussettes avaient bloqué le passage, une banalité du quotidien

Elle évite de trébucher..

Et est soudain ravie. Elle a passé les épreuves avec succès. Pas d’entorses. Pas encore du moins. Et pourtant, c’est un parcours semé d’embûches. On ne lésine pas sur les moyens à Aubervilliers pour tester l’équilibre des habitants.

Ce soir, en rentrant, elle retrouvera sa fille et la poussette, histoire de vérifier si à 18h elle est toujours en forme.              






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