Marie-Jo Faggianelli est chorégraphe et danseuse.
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Elle sème. Son geste se répète, sans un mot, oubliant la mécanique syllabique si souvent abandonnée au vide de la métaphore.
Semer les mots pour les habiter en poète dans ce geste de la répétition, telle est la force organique du mouvement de la danseuse. Elle prépare la scène. Le spectacle a déjà commencé. Le spectateur arrive dans un espace en germination. Il y a dans le travail de l'artiste un refus des conventions. La pensée y devient paysage, s'abandonnant à la chair du monde, dans un élan de la perception.
Marie Jo refuse l'agitation vaine.
Elle sème et s'enroule dans la chaleur de l'attente. Elle prête ses formes à la matière silencieuse dans un souffle retenu. Sitôt libéré, il devient vent, plainte, soupir, abandon de ce "soi" au profit de la rencontre, la mise en écho avec l'espace. Marie Jo Faggianelli danse depuis des années. Elle laisse macérer, ruminer, la création. Si pour elle les mots échouent à dire la vie, si elle parle peu, c'est qu'elle a trouvé, dans le geste, sa geste, sa quête.
Les mots retournent à la terre, vaincus.
Le regard de la danseuse questionne, se dérobe à la réponse attendue, reste dans le suspens du mouvement.
Elle sème au vent, se sème aux quatre coins de la scène. Elle penche, ne s'épanche pas. Les mots sont la fermeture, le soi refermé sur le miroir. Les mots classent et lassent. Elle se heurte à la forme qui enferme, enserre. Ne pas laisser faire. Révolte du regard. Doigt inquisiteur ne désignant que la fausse visibilité du monde, aveuglement du spectateur.
La danse classique encensa la ballerine romantique, aux jambes élancées. Les danseuses de Degas, malingres, tristes portent le poids du corps maltraité. Ici c'est l'inverse. Le souffle appelle la vie, régénère le corps.
Nouvelle Ophélie sortie des eaux, le corps émerge, cherche son envol.
Les bras se livrent au combat donquichottesque, moulins à vent
Ils disent le travail absurde de la répétition dans le temps de la ligne
La danseuse ne trace de ligne que pour mieux s'en défaire
renonce à la visibilité de la sortie.
De toutes les sorties.
Le 19 janvier à 15h et 20h au
Café Culturel Le Pas si loin
1 rue Berthier
93500 Pantin
09 53 20 37 63