A Aubervilliers, portraits de... Frédéric Robouant

Frédéric, la révolte en proue.

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Il arrive à l'entracte. Un café, pas très loin du Conservatoire, où il est professeur de musique. Toujours affamé de philosophie... même si ce n'est pas toujours très clair. 

A l'époque, il avait eu le bac, sans vraiment briller par sa présence. Mais j'avais fait le pari. Il l'aurait cet examen. Peut-être parce que personne n'y croyait. Lui, à peine, d'abord traversé par cette crise de l'existence, appelée crise d'adolescence faute de mieux. Cette période où tout bascule vers le grand choix. Nous sommes restés en contact. Le vouvoiement toujours de rigueur. On ne sait pas pourquoi, mais c'est ainsi. Une véritable amitié où se rencontrent nos goûts pour les mythes, Pénélope, Orphée... Des spectacles nous en avons sans doute plus rêvés que réalisés. Ensemble je veux dire. 

Les lettres de Descartes à Elisabeth, un vieux projet qui réapparaît régulièrement quand nous nous retrouvons. Un verre de blanc, et c'est parti. Cette générosité cartésienne qui ramène la volonté dans son infinité à la mesure de la raison, c'est tout lui. Avec quelque chose à lui, ce supplément d'âme et aussi un petit vent de folie créatrice. 

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J'incline de la tête pendant qu'il rajoute : "j'adore le moment où un élève me dit doucement qu'il aime ce qu'il entend. Il y a cette force intime de la musique. Elle est là et crée cette relation étrange qui nous fait entrer en dialogue..."

Son coeur bat pour la justice." Je pense que rien n'est joué et que le discours social doit être revu Je crois au pouvoir de la culture. De la musique bien sûr, mais pas seulement. Je ne suis pas un homme sectaire. Tous les arts montrent comment décadrer pour mieux recadrer avec des règles soumises sans cesse à révision.  Les normes dans leur rigidité ne sont pas faites pour moi. Et puis il y a leur relativité, leur dogmatisme... Elles tuent l'imaginaire. Créer avec les jeunes, c'est leur donner prise sur leurs rêves, sortir de ce quotidien si dur pour beaucoup d'entre eux. Je pense en disant cela à Rimbaud :

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes 
Et les ressacs et les courants : Je sais le soir, 
L'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes, 
Et j'ai vu quelque fois ce que l'homme a cru voir ! "

Le bateau ivre nous emmène vers d'autres latitudes. Les vôtres Frédéric !

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