Vox populi

La démocratie a pour moteur les conflits d'opinions

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La démocratie participative est directe à la différence de la démocratie représentative. Les élus ont une fonction qui est de représenter un choix politique pour lequel la majorité des citoyens-électeurs ont voté. Ce choix constitue ce qu’il est convenu d’appeler l’intérêt commun. Celui-ci n’est pas l’addition d’intérêts particuliers, mais une valeur obtenue par une combinatoire d’affects qui peuvent entrer en contradiction les uns avec les autres. La raison peut dans ce cadre faire figure d’affects, ce qui interroge sur le sens de la  rationalité de ce discours.. 

Les élus sont chargés d’appliquer le programme sans état d’âme. Ils sont soumis à la nécessité de respecter le programme qui les a institués, et à celle de la délibération pour obtenir au final la décision du Maire. La délibération est de nature démocratique au sens de participative lorsqu’on lui associe la consultation citoyenne. Cette dernière peut alors entrer en contradiction avec les choix des élus et leur programme.

Cela veut dire que la consultation n’est appliquée que dans un système républicain démocratique.

Cela veut dire aussi qu’il y a le risque que cette consultation alourdisse la procédure. C’est le problème de la technocratie.

Il faut donc bien s’entendre sur le sens de cette consultation : c’est un visage de la participation citoyenne, mais ce n’est pas le seul. Participer à la vie citoyenne c’est en prendre sa part, partager la mise en application de la décision.

Il y a une instance démocratique en amont d’une décision et en aval. Supposons qu’une décision est prise, il faut en surveiller l’application, au même titre qu’on a pesé sur son vote. L’application des décisions et leur délibération sont les deux moments de la démocratie.

Le débat est la condition de la démocratie. Il est bien plus qu’un moyen. Il ne relève pas de la maîtrise technicienne, mais oriente celle-ci vers la réalisation d’un commun qui ne lui préexiste pas. Ce n’est pas l’addition des individus qui fait le peuple. Terme ambigu, jamais bien éloigné de l’idéologie populiste, que cette voix qui loin d’être un donné est une construction de l’argumentation. Le peuple n’est pas la foule des individus, ou cette masse atomisée. Sujet du discours, il est relatif à un moment de l’histoire humaine, sans pur autant s’y résorber. Vox populi semble nous renvoyer à la force, au point – voire le poing - final. La voix démocratique est ce qui résulte de la confrontation des arguments. Construite à l’aide de la rhétorique qui s’adresse aux sentiments, la voix du peuple ne doit pas s’y soumettre. Il ne s’agit pas de terrasser l’adversaire mais de construire un discours vraisemblable au regard du commun. Commun ne veut pas dire communauté où la nature du lien des individus se dissout dans l’uniformisation des différences.

Etre démocrate c’est reconnaître qu’en politique, il faut composer avec les diverses opinions, ce qui n’a rien à voir avec le relativisme de la tolérance. La crise du COVID nous le rappelle : il n’y a pas de maître de vérité sur le sujet. Face aux discours contradictoires, le pouvoir politique exécutif doit trancher. Cela s’appelle la décision.

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