Christine et Daniel sont mariés pour le meilleur et le pire. Le pire c'est leur indignation commune contre les injustices. Daniel a eu une vie syndicale très riche dans les écoles d'Aubervilliers où il a été instituteur jusqu'à sa retraite. Instituteur, il aime ce mot. Le tuteur aide l'arbre à grandir sans le blesser, en le soutenant. Il a monté un certain nombre de projets alternatifs aux méthodes classiques de l'enseignement. Christine a le regard animé par ses convictions. Déterminée, elle sait ce qu'elle aime ou pas. Elle raconte :
A l'époque, dans les années 80, j'ai été au PSU. J'y ai rencontré d'abord Evelyne Yonnet, Jacques Salvator. étant en prison pour avoir monté des Comités de soldats.
Evelyne Yonnet rapporte une anecdote à son propos. Sorti de prison, il a déclaré non sans humour, que c'était le paradis. Juste la bouffe à revoir !
Une amitié durable s'est installée jusqu'au bout. C'était un homme de convictions. Quand il est entré au PS, je n'ai pas suivi. J'ai continué une vie militante dans les réseaux associatifs.
Les années 80 c'était le Larzac, l'antimilitarisme. On a tous acheté des petites parcelles, des centaines, pour empêcher l'armée de s'y installer. Bien sûr on ne pouvait pas les revendre.
Les sympathisants acquièrent des « mètres carrés » de terres du Larzac dans le cadre des GFA (Groupements fonciers agricoles) qui sont destinés à rendre plus complexe le processus d’expropriation. Les Larzaciens constituent un cadastre parallèle du périmètre d’extension sur lequel l’administration refuse de communiquer. Cette tâche est assurée par Robert Pirault, un prêtre ouvrier qui s’évertue à multiplier les propriétaires, en divisant les parcelles, afin de retarder les expropriations. Un autre prêtre sud-aveyronnais s’en réjouit encore : « Au presbytère, on avait acheté trois mètres carrés. On était douze. L’un était au Chili. En cas d’expropriation, il fallait la signature du vendeur ! ». Cet achat de terres permet aux militants de s’arrimer au plateau de manière symbolique. (source : La « lutte du Larzac » : dix ans de protestation contre l’extension du camp militaire (1971-1981))
On l'a toujours cette parcelle, continue Daniel. Ce serait quand même bien de savoir où elle est. Il y eut Plogoff aussi à la pointe du Finistère. Au moins, ils n'ont pas construit la centrale nucléaire !
Tous ces combats, cette lutte pour l'écologie bien avant l'heure, ils y repensent avec quelque plaisir.
Ce n'est pas comme aujourd'hui. J'ai rejoint en tant que personnalité la liste de Jacques Salvator en 2008. Il m'a confié le poste d'adjoint à l'enseignement. J'ai pris ma retraite avant l'heure, pour me consacrer entièrement à mon mandat. Ce que la municipalité actuelle semble découvrir, nous le traitions déjà. C'est vrai qu'ils ont fait le ménage dans nos actions et projets. Nous avions déjà, par exemple, introduit du bio dans les cantines.
En 2008 ils quittaient la municipalité, comme si on les en avait spoliés. A leur retour en 2014, l'écart était très mince. J'ai payé cher mon engagement.
Christine enchaîne :
Ils ont leurs combats. C'est ainsi que les associations jugées trop près de nous ne sont pas soutenues ou supprimées de la liste. L'Oasis dans la ville ne reçoit quasi aucune subvention. Cela devient critique pour cet espace de verdure, où des femme se retrouvent. Daniel y fait de l'alphabétisation en musique. Le chant permet de comprendre une langue. Quant au partenariat avec le village de Boully en Afrique, ils l'ont supprimé de leur carte associative. Nous n'existons pas pour eux.
Les intérêts partisans passent au-dessus des intérêts des habitants.
Daniel de rajouter :
On n'est pas entendu au Conseil Municipal. Tout semble se passer en coulisse.
Ils esquissent un sourire complice.
Ils ont beau dire, ils ont beau faire... nous continuons.
Surprise : nous sortons de notre entretien, et il y a quelqu'un qui attend Daniel. Une ancienne élève. Grand sourire. Je les laisse à ce moment privilégié d'un travail de tout une vie.