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Billet de blog 25 mars 2019

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A Aubervilliers, portraits de...Michel Pichon, dit Pitch'Mi

Le troubadour des mots n'y va pas par quatre chemins.

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Illustration 1

Michel Pichon a une parole fleuve, sans répit, au rythme de l'enthousiasme qui l'habite. Mot qui n'est pas innocent. Il porte en lui ce souffle des Dieux qui rapproche la poésie d'une voix inspirée. Les alluvions des mots se déposent et s'accumulent. Difficile de trouver le passage. Il a d'ailleurs rencontré la parole mystique récemment. Cette parole énigmatique qui ne se laisse pas déchiffrer, cette parole du Livre, sa vie qu'il s'est choisie, tout cela inquiète les spécialistes de la parole sous contrôle. Notre société classe, enferme. Malheur à celui qui ne l'a pas compris. 

Après une longue période de vie "comme tout le monde", il a claqué la porte au monde des normes, des valeurs consommatoires. Il a choisi de suivre une route, la sienne, celle que lui a ouvert son Bandonéon : "tous les chemins mènent à Aubervilliers" dit-il, faisant référence à l'association qu'il a décidé de mettre en place sur la ville. Faire vivre la musique, la poésie... Cela l'a conduit à se donner un nom d'artiste de rue : Pitch'Mi, l'oiseau en Wolof. Il se présente comme "joueur de mélo-bandit-bandonéon", au service de la rue et de l'espace public.

Il vit dans la musique. Il donne à entendre aux passants ses humeurs. Il est parfois Nerval... il est aussi celui dont on se rit, celui dont on se moque.

Aubervilliers ville de la diversité ? Prête à tout pour l'égalité ? Celui qui ne pense pas "comme"... faut-il en faire l'émissaire de la bêtise collective ?

Il ne savait pas comment faire pour le RSA. Il a frôlé les nuits sans toit, et c'est vrai, il parle trop dans un monde où on vous conseille de jouer "tout petit" devant des administrations étouffées d'un pouvoir démesuré.

Il ne cesse de postuler à des emplois où il se sent à sa place. C'est parfois humiliant, comme ce jour où il a été à un entretien, qu'on l'a applaudi, félicité... pour lui dire au final qu'il n'était pas retenu pour le poste. " Dans la réponse,en trois phrases, trois fois le mot candidat, sourit-il. Sans doute une faute d'inattention"... ou un manque d'arguments, me suis-je dit à moi-même.

Il ne renonce pas. Il écrit des lettres, il écrit ses rêves. "Là et maintenant, du présent et de la présence"a-t-il écrit sur le sol avec une craie rouge, Rue Charles Baudelaire.

Il écoute la voix de son accordéon. 

Il s'éloigne pour reprendre le cours de sa vie, cette vie qu'on ne lui retirera pas.                                   

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