A Aubervilliers, portraits de...La Métropole du Grand Paris

Une métropole tentaculaire, fermée à la démocratie

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La question pourrait être celle-ci : comment remettre entre les mains des experts et technocrates de tout acabit cette démocratie locale si difficile à faire vivre ? Réponse : par la réalisation d'un urbanisme de la démesure enfermant les villes dans des spécialisations décidées sans concertation effective. C'est ainsi que procède la MGP qui recompose le territoire de l'Île de France en sous territoires nommés T1, T2, T3 etc. "Nommés"n'est d'ailleurs pas le terme approprié. Le nom propre contribue à former l'identité, ici la spécificité du lieu. Le nom commun fait disparaître la particularité au profit du "genre" qui met de côté toute détermination singulière. Les communes sont désormais des territoires,"des T",  notion assez confuse et lourde de présupposés. Ces territoires qui sont fermés, tels les territoires animaux qui composent avec leur milieu, ressemblent à des cercles où chaque individu est solidaire de l'autre, composant un organisme. Modèle holiste de cette vision urbaine qui privilégie le groupe, le collectif sur l'individu. Ainsi peut-on admirer dans la ville d'Aubervilliers la conservation des cheminées d'usine ou se promener dans les lieux culturels alternatifs. Ce qui est célébré c'est le groupe, le collectif. Il y a là une inversion du discours capitaliste par lui-même, ce qui en montre la dimension protéiforme.

Démesure ? c'est un terme qui tranche avec ces siècles en quête de mesure administrative pour contrôler des individus souvent rebelles. On peut lire dans le terme peuple une première tentative d'informer une "matière"qui échappe à l"acceptation de la contrainte, et suit la logique de sa force expansive. Le terme de citoyen resserre aussi autour d'une forme plus précise le mot "peuple". Dans tous les cas le politique tentait tant bien que mal à transformer l'individu en un élément de la chaîne démocratique. Avec la MGP, on passe à la construction de la ville urbanisée, de lien social choisi librement, on glisse à "la ville durable", au désir d'immobilité, le mouvement étant confié aux transports.

 

La MGP n'est pas une réalité politique, mais une réalité économique et gestionnaire. Elle a investi dans le logement et les transports au nom de ce qu'elle nomme la ville durable. Les maires des communes - le terme de "commun" n'est pas choisi au hasard mais suppose que les habitants partagent un souci commun afin de vivre ensemble,  nommé "lien social", mais terme trop surchargé sémantiquement - se voient dessaisis de leurs prérogatives d'initier des projets au sein de la ville, et de la réflexion commune avec les habitants afin de mettre en place un "vivre ensemble" décidé de concert.  Retirer le logement, les transports publics et l'environnement aux municipalités, c'est à nouveau tout centraliser et spécialiser les communes dans un domaine de compétences. On peut lire : "Le développement économique du Grand Paris reposera surtout sur ses grands pôles d’activité comme La Défense (pôle de la Finance), la Plaine Commune (pôle de la Culture et de la Création), Roissy-Charles De Gaulle (pôle des échanges internationaux), Le Bourget (pôle de l’aéronautique), ou encore le plateau de Saclay (nouveau pôle d’innovation scientifique et technologique). Ces pôles doivent participer à l’attractivité et la compétitivité de la Métropole du Grand Paris à l’échelle mondiale."

Tout ici est affaire de concurrence, de compétitivité. Montesquieu voyait dans le commerce la source de la paix entre individus et pays. Montesquieu n'était cependant pas ouvert à cette démesure, ces grands espaces qui n'ont que peu d'obstacles pour freiner leur expansion. Et surtout la faiblesse des contre-pouvoirs de la pensée ou  de l'institution. La dérive de cette expansion il la nomme despotisme.

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