Mémoire du quotidien

Enjeux électoraux à Aubervilliers

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Affects et discours âpres. Les élections municipales sont lancées. Les « mémoires » sont au cœur de la campagne. Mémoire d'un homme de culture – Jack Ralite – Mémoire d'un mari, ou des origines du Parti socialiste comme le PSU - Jacques Salvator - mémoire d'un père – André Karman. Il y a la mémoire des différentes vagues de l'immigration. Ou encore la mémoire du récit historique d'un pays.

Ces mémoires se croisent parfois, mais au final elles sont enclines à se refermer sur elles. Mémoires mortes, suspectes de ne pas être écrites par les acteurs de la ville : ses habitants. Qu'est devenue la mémoire ouvrière, celle que portent les romans de Didier Daeninckx, cette construction narrative qui donne sens et poids à un quotidien fugace ?

La mémoire ouvrière disparaît de plus en plus derrière celle de la ville rurale. Changements de mœurs et d'époque qui donne raison à l'écologie.

La mémoire du groupe se voit happée par celle de l'homme-Providence, au risque du culte de la personnalité. La mémoire dans cette campagne est celle du super-héros. Chacun choisit son camp non en fonction du réel mais en fonction de l'imaginaire auquel renvoie le nom du candidat.

Intéressante la démarche de Karine Franclet, candidate de droite. Au risque de la gestion technocrate de la ville – même difficulté que l'on retrouve dans le discours du socialiste Marc Guerrien – elle oppose le dire quotidien des habitants, ce vécu dénié par tous les autres quotidiens. Son équipe se construit au fur et à mesure de la campagne, loin des valses des négociations d'individus peu scrupuleux qui tournent leur veste avant d'en prendre une. Programme qui se construit avec ce quotidien, à la différence de Marc Guerrien qui en en demeurant à la figure platonicienne du roi-philosophe, manque ce dont l'inventeur Platon, finit par douter : la combinaison du savoir et du politique.

Les Municipales à Aubervilliers ont le mérite de mettre en œuvre ces trois mémoires : celle du héros, celle du savant et celle de la découverte pragmatique.

N'est-ce pas le propre d'une tête de liste de représenter le mouvement ? Les slogans à coup d'infinitifs et d'impératifs ont compris cette nécessité. Ils échouent là où la droite, modeste à Aubervilliers mais déterminée sur le terrain, constituée en « team », lance les dés d'une campagne du quotidien fondée sur le partage et la morale. Peut-on parler de droite et de gauche à ce stade ? S'attacher au quotidien, lui laisser la parole, voilà la réelle opposition au culte des héros et surhommes de tout acabit. On reproche à la candidate de droite de venir d'ailleurs. Son rôle n'est pas d'être une garde-barrière. Elle est celle qui organise les passages entre les discours, les propositions. Elle est de nulle part et de partout. Nouvelle figure de l'utopie qui reste à mettre en œuvre pour lui donner corps. Seules les post-élections en jugeront.

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