À Aubervilliers, portraits de...Nadia O., communiste

Nadia se raconte, féministe et communiste.

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 Enfant, elle était dans le doute. Les questions s'enchaînaient. Ni heureuse, ni malheureuse. Sa mère elle l'aimait. Pourquoi acceptait-elle tant de soumission ? Femme du renoncement. « Je ne veux pas être comme elle. Non. Jamais je n'obéirai à un chef de famille. Je suis une femme libre. Les hommes n'ont qu'à bien se tenir ! ».

Elle a tenu parole. N'a jamais vendu sa liberté. Plutôt mourir de faim disait-elle.

Là elle est chez elle, une petite alcôve protégée des injonctions trop bavardes qui l'entourent. Elle tente tant bien que mal à améliorer son petit lopin de terre. Elle n'aime pas plus le jardinage que la cuisine. Elle se sert un verre de vin rouge, pas celui que son père buvait.

Elle s'en souvient encore.

C'était le dimanche. Un voisin avait amené comme chaque dimanche le journal « l'Humanité ». moi j'aimais bien Pif le chien. C'était une époque. Il était communiste, défendait ses valeurs. Moi, c'était le gadget qui m'intéressait. Je ne savais pas encore que je prolongerais le rêve de mon père en buvant ce verre de vin rouge ; son visage me retient. Ouvrier raffiné, il ne voulait pas avoir le visage buriné de l'immigré. En France il était du genre discret.

J'ai gardé de lui ce désir d'être ce que je suis. Une femme qui n'est de nulle part ailleurs que de ses engagements.

Je crois que les femmes manquent de convictions.

Je marche dans la rue. Un homme me hèle d'un ton entendu. Je ne lui réponds pas. La dignité c'est ça aussi, choisir à qui on répond. Il récidive. Non je ne me voilerai pas pour avoir la paix. Le voile je le lui jette au visage. Le voile c'est la nuit qui s'abat sur l'homme prédateur.

Combattre le voile de l'ignorance, c'est toute ma vie.

Le seul voile que l'accepte, c'est celui de l'éducation qui couvre l'homme nu d'un savoir protecteur, d'abord contre lui-même.

J'avance dans la rue de ce triste personnage. On ne cesse d'éduquer les filles à la séduction, les hommes en profitent, eux qui sont d'abord là pour consommer. Moi j'aime séduire par les mots et mes convictions. Pas besoin de balconnets plongeant dans les abysses du désir.

Je ne suis pas une femme frustrée. Une femme libre OUI !

Le regard de mon père, cet ouvrier fier et digne, se pose sur mon verre. « je sais papa, c'est du Bourgogne ». Il sourit dans mon souvenir « je suis content Nadia, tu as réussi. Tu as su porter tes rêves ».

je suis communiste.

Femmes ! J'écris pour vous les mots de l'envolée, de la Liberté, de l'Amitié. Parce que c'est vous, parce que c'est moi.



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