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Billet de blog 9 janvier 2026

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L’aventure Trump au Vénézuéla : tout le monde perdra

Bien que toute comparaison soit déraisonnable, la capture de Maduro a des airs de déjà vu. L'invasion de l'Iraq.

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Pour ceux qui ont vécu l’attaque terroriste des tours du World Trade Center à New York et la réponse du gouvernement de G. W. Bush, une présidence à la recherche d’un nouveau souffle pour exister, ils ne seront pas surpris de la capture par l’administration Trump de Maduro et peuvent déjà prévoir le désastre que cela va entrainer. Un désastre du droit international, un désastre pour les USA et surtout un désastre pour le Vénézuéla.

En 2001, les tours de New York étaient percutées par deux avions pilotés par des terroristes. L’attaque terroriste a couté la vie de 3711 personnes. À la suite de cette attaque, les USA ont décidé de mener une campagne militaire pour venger cette attaque terroriste. Ils ont décidé d’envahir l’Irak et l’Afghanistan même si les terroristes (dans les avions et les organisateurs) venaient majoritairement d’Arabie saoudite et particulièrement Ossama Ben Laden.

Pour attaquer l’Irak, les USA ont prétexté d’armes de destruction massive. L’invasion s’est faite très rapidement, la victoire est apparue très rapide. Pour montrer le total contrôle de la situation et la victoire, G. W. Bush a fait un discours sur un porte-avions avec une grande pancarte derrière lui qui déclarait ‘mission accomplie’. Ce discours marquera le début de la fin pour l’aventure irakienne des États-Unis, finissant par un départ précipité dû à une expulsion et à la décision de Trump de quitter l’Iraq. Les dernières troupes militaires américaines ont quitté l’Iraq en 2021 sous l’administration Biden en laissant un parti islamiste au pouvoir.

La capture de Maduro par l’administration Trump est un désastre pour le droit international et la communauté internationale. Certes, les Nations Unies ont condamné l’intervention au Vénézuéla, mais cette condamnation arrive après plus de deux décennies de coups de butoir contre le droit international qui ont commencé avec la réponse de l’administration Bush aux attaques terroristes sur leur pays. La violation du droit international qu’est la capture de Maduro n’est que l’aboutissement d’un travail de minage du droit international engrangé par les républicains pendant l’administration de G. W. Bush. Bien sûr je ne dis pas que seule l’invasion de l’Irak est l’acte unique de la fin du droit international, mais c’est l’acte le plus flagrant qui a engrangé cette fin. Ainsi, pendant la présidence Bush, l’administration américaine, par le biais de Colin Powell, s’est sentie obligée de venir justifier le plan d’invasion en faisant un véritable show. Ainsi, pendant la session aux Nations Unies, Colin Powell est venu avec un arsenal de fioles pour prouver l’existence d’armes chimiques en Iraq. À ce titre, la France répondit, par le biais de Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, qui fit un discours pour contrer les mensonges de l’administration Bush. L’intervention de la présidence Chirac par le biais de son ministre des Affaires étrangères a été très bien accueillie par le monde entier, mais malheureusement n’a jamais été suivie. Même si les mensonges de l’administration Bush étaient flagrants, les USA sont quand même intervenus. Et alors qu’au début du siècle, on se sentait encore obligé d’en passer par le droit international (même si c’était pour mentir). Là, Trump n’a pas cru bon (et c’est une stratégie) de venir expliquer les raisons de la violation de cette capture. Le droit international n’existe plus.

C’est un désastre pour les États-Unis. Il est incroyable de voir comme les USA n’apprennent rien de leur passé. La capture de Maduro c’est le plus facile. Tout le travail reste à faire. Les arguments de l’administration Trump sont les mêmes que ceux sous Bush. Certains se réjouissent du départ de Maduro et y voient une ouverture vers une démocratie. Comme nous l’a montré le cas de l’Irak, le contrôle, voire l’imposition d’un nouveau gouvernement à un pays ne mènera jamais à une démocratie. Trump a parlé de trafic de drogue comme Bush parlait d’armes de destruction massive. Maintenant, il parle de pétrole comme l’administration Bush l’abordait. Trump, comme Bush, ne verront que très peu de ce pétrole, pour des raisons techniques, politiques et financières. Comme l’a bien démontré Jancovici, comme pour toutes les soient distantes découvertes de pétrole, il y a toujours une surestimation des réserves pétrolières et cela, pour gonfler la valeur financière de l’investissement. De surcroit, on doit bien se rendre compte des conditions géologiques de ce pétrole. C’est du pétrole extra-lourd. Et comme le pétrole extra-lourd du Canada, pour pouvoir obtenir du pétrole utilisable, il faut tout d’abord retirer la couche de terre arable et les écosystèmes et populations qui y vivent pour pouvoir extraire le bitume (autre nom pour le pétrole extra-lourd). Enfin il faut gérer le bitume, utilisant énormément d’eau. Toute cette entreprise d’extraction doit être organisée, planifiée et construite. Et cela n’arrivera pas avant la fin du mandat de Trump s'il y a volonté des entreprises privées pour investir des milliards car cette forme de production pétrolière coute cher.

La capture de Maduro est un désastre pour le Vénézuéla. Certains se réjouissent du départ du dictateur Maduro. Pour l’instant il n’y a pas de quoi se réjouir mais plutôt s’alarmer. Il n’y a, en aucun cas, de remise en cause du gouvernement de Maduro. Même si Maduro n’est plus là, une autre est en train de prendre sa place. En aucun cas, il n’est question d’élections, même à long terme. Trump a même prétendu qu’il allait contrôler le pays. En termes de démocratie, le départ de Maduro pour le remplacer par Trump ou autre personne à sa botte nous montre bien que le bien-être des Vénézuéliens n’est en aucun cas une priorité pour Trump puisqu’elle n’est pas une priorité pour son propre pays. À cela s’ajoute la volonté de Trump de voler le pétrole du Vénézuéla. Ce qui veut dire que l’exploitation du pétrole ne bénéficiera pas aux Vénézuéliens et donc aucun changement aussi sur ce terrain si on la compare à celle de la dictature de Maduro. C’est comme certains l’ont bien dit, de l’impérialisme, et l’impérialisme ne s’inquiète pas du bien-être de la population locale.

La capture de Maduro par les USA est une catastrophe pour tous. Personne dans le monde ne va en bénéficier. Nous sommes tous en train de perdre les espoirs d’un droit international, mais dans le même mouvement, nous voyons le retour des États voyous qui imposent leur volonté dure plus fort.

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