Travailleurs et Entreprises, la crise à deux enseignes...

Salariés-ées, chômeurs-euses, précaires, payez vos loyers ! Vos salaires amputés ! Entreprises, TPE ou CAC40 ne vous en faites pas, vos loyers seront financés par l’état !

D’après la déclaration universelle des droits de l’homme (article 23 alinéa 3) :

« Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale. »

Suite à la crise le gouvernement a mis en place un Fonds de solidarité qui prendra en charge les loyers des baux commerciaux des indépendants (qui n’ont pas de salarié(e)s).

  • Les très petites entreprises pourront bénéficier d’une aide de «5000 euros pour payer leur loyer».
  • Les TPE-PME pourront aussi reporter le paiement de leurs cotisations sociales sans pénalité.
  • Les cotisations sociales patronales seraient totalement supprimées pour les TPE-PME ayant dû faire face à une fermeture administrative, pour trois mois: avril, mai et juin 2020.

Donc, les autoentrepreneurs-euses, les gérant(e)s des TPE-PME sans salarié(e)s vont être aidés, un tant soit peu (et c’est tant mieux): ils vont voir leurs taxes et cotisations reportées ces mois-ci, et en plus vont bénéficier de la solidarité nationale au titre de leurs loyers. Au-delà du manque à gagner, les coûts des autoentrepreneurs-euses seront, au moins partiellement, amortis.

Ce n'est pas le cas pour les travailleurs-euses qui vont finir leur CDD, leur mission Intérim, leur période d’essai ou leur stage, eux ne vont bénéficier d’aucune aide. Certains vont toucher les allocations chômage, s’ils ont suffisamment cotisé, et pour lesquelles ils ont cotisé, mais leurs coûts : leurs loyers, leurs impôts, leurs dépenses courantes ne seront pas amortis.

Les salarié(e)s qui vont se retrouver en activité partielle (chômage technique partiel) vont voir leurs salaires amputés. Si leurs revenus sont au niveau du Smic, les salariés auront droit à l'équivalent de 100 % de leur salaire net, excepté certains prélèvements (mutuelle, prévoyance,...). Si leurs revenus sont supérieurs au niveau du Smic, les salariés recevront 70 % de leur rémunération brute, soit environ 84 % de leur rémunération nette.

Ces travailleurs vont devoir quand même soutenir l’effort financier des coûts courants habituels de leur foyer familial. Pas d'aide de l'état pour eux. Pas de gel ou de report de loyers, pas de moratoire sur les crédits, emprunts, pas de réduction ou de suppression de la taxe d'habitation ni de report de paiement de l'impôt sur le revenu (prélevé à la source... par les entreprises qui auront la joie de faire de la trésorerie).

Il n’y a pas à dire, les personnes morales (entreprises) sont mieux traitées que les personnes physiques (travailleurs-euses, salarié(e)s). Au nom de quel grand principe ? Celui du marketing de la grandeur de l’Entreprise ? Certainement pas celui de l'article 23 de la déclaration universelle des droits de l'homme, énoncé plus haut. "Quiconque travaille" s'appliquerait donc seulement aux autoentrepreneurs-euses, pas aux travailleurs-euses ?

Depuis des années maintenant on nous pousse à devenir "autonomes et indépendants", et bien maintenant les « bons élèves » qui ont ouvert leur activité autoentrepreneur-euse vont en voir enfin quelques avantages, les autres, tant pis.

Non, les citoyens-ennes ne sont pas ceux/celles qui importent.

Les ministres ne leur doivent pas leur poste (ils ne sont pas élus), mais au choix souverain du Président ; les députés, quant à eux, ne doivent pas leur élection aux citoyens-ennes, mais aux entreprises, qui ont financé leur campagne !

Le gouvernement des entreprises va donc aider les entreprises : pas même les entrepreneurs eux-mêmes, non, les sociétés de capitaux, ces entités morales, ces fictions juridiques. Ce sont elles qui vont relancer l’économie, non ? Sûrement pas l’effort des travailleurs-euses, ni l’engagement personnel, l’investissement, l’énergie, l’intelligence, la force de travail des citoyens-ennes, travailleurs-euses.

Le gouvernement va-t-il augmenter les salaires des personnels soignants ou des éboueurs, des personnels de la ville, de la voirie, de la police ? Non, on va leur attribuer une prime, mais seulement pour cette année.

Pour les années à venir, "on" va attendre que les entreprises se reprennent, et "on" va miser sur leur bonne volonté pour embaucher, ou sur la création massive de microentreprises, la naissance d’autoentrepreneurs-euses (mais qui n'auront plus aucune indépendance ni autonomie).       

Le salariat ? N'y comptez plus. C’est fini.

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