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Billet de blog 23 déc. 2014

Le Pavillon Mazar, laboratoire de rencontres artistiques et de formes nouvelles

A Toulouse, cette ancienne chemiserie de la rue Sainte-Ursule est le lieu de nombreuses créations théâtrales et de formations artistiques. Découverte de ce lieu protéiforme méconnu du centre-ville qui casse les codes des grands édifices institutionnels.

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Pavillon Mazar © Luc jennepin

A Toulouse, cette ancienne chemiserie de la rue Sainte-Ursule est le lieu de nombreuses créations théâtrales et de formations artistiques. Découverte de ce lieu protéiforme méconnu du centre-ville qui casse les codes des grands édifices institutionnels.


Le quartier historique de la Bourse ne fait pas exception à la gentrification ordonnée et uniforme du centre-ville toulousain. Une pression immobilière, qui depuis une vingtaine d’années, a refaçonné le paysage urbain et les mentalités. Rares sont les cours intérieures encore accessibles au public, en dehors des Journées du patrimoine. Celle du N°13 de la rue Sainte-Ursule ne fait pas exception à la règle. Pourtant, derrière l’immense portail se dresse un bâtiment délicieusement rétro, à la couleur sépia : le Pavillon Mazar. Erigé en 1826, ce bâtiment a servi à plusieurs usages. « On ne sait pas avec précision ses attributions mais au vu de son architecture typique, il a dû servir comme relais de poste puis comme halle aux grains, au vu de ses arcades. Par la suite, à la fin du XIX e siècle, le lieu a été transformé en atelier de confection, comme il en existait tant dans ce secteur industrieux compris entre la rue Sainte-Ursule, la rue des Paradoux, la place de la Bourse et la rue des Filatiers » explique Joël Fesel. Ce plasticien dirige avec la metteure en scène Solange Oswald, le Groupe Merci, une compagnie théâtrale qui a contribué à la fondation de la « SARL Pavillon Mazar », en charge de la gestion de cette ancienne chemiserie. L’activité, qui battait son plein à la Belle-Epoque, perdure jusqu’au début des années 1990. Pendant près de cinq ans, le lieu reste à l’abandon, jusqu’à ce que Solange Oswald en prenne possession, suite à une petite annonce, en 1997. « J’ai eu le coup de foudre parce qu’il me faisait penser au théâtre du Globe en miniature (le célèbre théâtre de Shakespeare, ndlr), à l’exemple des cours de ferme et des arrière-cours d’auberges où se tenaient les représentations. Un lieu au confort plus que rudimentaire où il n’y avait pas de chauffage pendant près de dix ans. On accueillait les spectateurs en leur distribuant couvertures et bouillottes » lâche-t-elle, sourire aux lèvres. Un retour aux sources d’un théâtre populaire exigeant « élitaire pour tous », dans la lignée de la pensée du metteur en scène Antoine Vitez, chantre dans les années 1970 du théâtre éclaté, en dehors des lieux institutionnels. Le Pavillon Mazar se définit alors comme un « abri » provisoire, un lieu de répétition et de recherche, où priment les vocations d’essai et d’artisanat, à contrario de la notion d’« édifice », de théâtre sanctuarisé et figé.

Un lieu qui interroge la contemporanéité

Une approche résolument inventive, sans frontière, qui combine les divers styles scéniques : texte, chorégraphie, son, vidéo, arts plastiques… Une manière de ne pas se reposer sur ses acquis et d’interroger ce qui participe de l’esprit contemporain et de ses nouvelles pratiques, aussi bien sur les nouvelles écritures de plateau, de texte… Le Pavillon Mazar se construit comme une utopie, le lieu des choses à naître dans son entièreté, comme l’explique Solange Oswald. « Nous n’avons pas vocation à être un simple lieu de résidence car cela induit le fait qu’on ouvre ses portes pour faire fonctionner le lieu et qu’on vient seulement répéter. Nous somme un lieu d’intelligence collective partagée, un laboratoire de rencontres humaines et artistiques, riche des expériences mutuelles. Ici, il y a toute la latitude nécessaire pour ce que j’appellerai -la mise en danger-. Créer, c’est se mettre en danger, c’est aller au-delà de ce que l’on sait reproduire. Un schéma que les grands théâtres institutionnalisés ne cessent de pratiquer à longueur de temps ».

L'intérieur du Pavillon © Luc jennepin

Une reconnaissance nationale

Un esprit de recherche qui fait le succès de Mazar, reconnu nationalement. Tout au long de l’année, le Pavillon accueille cinq chantiers, c’est-à-dire des stages de formation professionnelle d’une durée de deux à trois semaines, consacrés aux nouvelles écritures et esthétiques du spectacle vivant et du cinéma. Nés en 2007 de la rencontre entre le Groupe Merci et les Chantiers Nomades, la structure nationale dédiée à la recherche et à la formation continue des artistes, après demande de conventionnement déposée auprès de l’AFDAS, fonds d’assurance formation des entreprises du spectacle et des intermittents, qui participe au financement des ayants droits, ils sont animés par des metteurs en scène et réalisateurs renommés. Des pointures internationales tel que le cinéaste Mathieu Amalric (venu en 2010, après son prix de la mise en scène au Festival de Cannes) ou le metteur en scène franco-allemand Matthias Langhoff  sont venus travailler à l’écart des traditionnels circuits commerciaux de production et de diffusion, avec une quinzaine de comédiens. Des expérimentations salvatrices de recherches artistiques que le public est invité à observer, lors de représentations à l’issue de ces chantiers. Une reconnaissance croissante qui a incité les politiques à montrer le bout de leur nez. Le Pavillon Mazar a été rénové grâce entre autre au soutien financier conjugué du Ministère de la Culture et de la Ville de Toulouse. Une consécration pour un lieu qui « a résisté alors qu’il ne devait pas se trouver en centre-ville, là où l’artiste n’avait plus lieu d’être, c’est-à-dire là où c’est le plus cher »… ironise Joël Fesel. 

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