Obligation vaccinale : quel rationnel ?

Le Sénat va bientôt étudier un projet de loi sur l'obligation vaccinale de la population générale contre le Covid 19. Quel rationnel pour ou contre cette nouvelle obligation vaccinale ?

Le sujet ne va pas manquer de créer des tensions, et pourtant, répondre pour ou contre l'obligation vaccinale devrait s'appuyer sur un reflexion basée sur les faits au regard de l'objectif visé.

Reposons l'objectif.

La crise liée à l'épidémie de Covid a eu un certain nombre de conséquences que nous souhaitons limiter. 

  • 116 000 décès de patients porteurs du Covid en 21 mois, soit 66 285 ramené en base annuelle. Pour référence il y a eu 667 400 décès toutes causes confondues en France en 2020. On parle donc d'un excès de mortalité de 10%.
  • Des mesures sanitaires (confinement, couvre-feu, distanciation, fermeture des classes, port du masque...) pour éviter l'engorgement des hôpitaux, en particulier des services de soins critiques, mais avec des impacts sociaux, économiques, psychologiques importants.

Quelques chiffres

Le tableau ci-dessous reprend les chiffres des cas, décès (décès des cas hospitalisés, n'incluent pas les décès à domicile ou en établissement spécialisé) ainsi que le taux de létalité (nombre de décès divisés par le nombre de cas).

Cas, Décés, Létalité sur les différentes vagues de l'épidémie de Covid 19 Cas, Décés, Létalité sur les différentes vagues de l'épidémie de Covid 19

Si l'on étudie un peu plus en détail les décès, on constate qu'ils sont peu nombreux chez les personnes de moins de 60 ans, soit 4 763 pour 116 000 décès au total, soit 4,1% de l'ensemble des décès. Si l'objectif, il y a un véritable enjeux à se focaliser sur les plus de 60 ans. La proportion des décès par tranche d'age montre que travailler sur les moins de 60 ans ne permettra pas d'avoir une baisse significative de la mortalité globale. On peut observer sur la quatrième vague que la vaccination semble avoir permis de réduire le nombre de cas ainsi que la létalité chez les plus de 60 ans.

Concernant les soins critiques, on constate sur le tableau ci-dessous que la proportion des plus de 60 ans est passé de de plus de 2/3 à environ la moitié.

capture-d-e-cran-2021-09-26-a-19-16-54
Cela peut s'expliquer en partie par la vaccination des personnes à risque entamée depuis mars 2021.

Les apports de la vaccination

Autant il est incontestable que la vaccination protège les personnes à risque, autant il devient évident que les vaccins disponibles sont en train de montrer leurs limites :

  • Efficacité contre l'infection limitée à quelques mois (4 à 6 mois);
  • Peu d'effet sur la transmissibilité;
  • Questionnement sur leur capacité à prévenir des formes graves dans la durée;
  • Éléments qui montre un risque d'échappement immunitaire du virus aux vaccins (variants Delta et Mu).

La conséquence est qu'il faudra vacciner régulièrement pour maintenir une protection acceptable (tous les 6 mois) avec le risque de voir émerger des variants resistants. Autant il est réaliste de vacciner une population spécifique à cette fréquence, comme pour la gripe, autant vacciner l'ensemble de la population tous les 6 mois est un chalenge logistique difficilement atteignable et acceptable par les populations.

Tous les scientifiques s'accordent aujourd'hui sur le fait que l'immunité collective n'est pas atteignable sur ce virus avec les vaccins disponibles à ce jour.

Les risques de la vaccination 

Les vaccins étant encore en phase 3, la connaissance sur les effets secondaires est en train de se construire. De nombreux signaux sont en train d'émerger avec des effets secondaires significatifs, en particulier chez les jeunes. Compte tenu de la létalité du virus chez les jeunes de moins de 40 ans, et en particulier les moins de 20 ans, il est impératif que le niveau de risque de ces vaccins sur ces populations soit extrêmement faible pour justifier leur vaccination. Même si le vaccin protégeait de la transmission, la vaccination des jeunes ne serait pas éthique si nous leur faisons courir un risque plus important que le risque qu'ils ont de mourir du virus. D'autant qu'il reste une portion importante des populations à risque qui n'est pas vaccinée.

Rappelons tout-de-même que ces vaccins sont toujours en AMM conditionnelle et que leur dossier d'enregistrement, en particulier les aspects liés à leur sécurité, sont toujours incomplets.

L'obligation

Compte tenu des éléments exposés précédemment, l'obligation vaccinale en population générale n'est justifiée ni scientifiquement ni en termes sanitaires.

De plus, dans un contexte où les français sont déjà méfiants face aux vaccins en général, l'obligation viendrait encore exacerber cette méfiance au risque de mettre en danger l'ensemble de nos politiques de préventions par la vaccination. Ceci, combiné au manque de transparence et aux nombreux changements de discours du gouvernement, ne peut qu'amener à une défiance encore plus grande de la part des populations. Seules la transparence et la pédagogie devraient être utilisées pour convaincre les français de se vacciner en ayant bien compris la balance bénéfices / risques de leur choix. Tout simplement, le consentement éclairé.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.