Campagne Poétique (4) : SURVIVRE EN BAS

Comment mesurer la difficulté de l'excursion, l'en-vie hors de prison?

Comment mesurer
la difficulté de l'excursion,
l'en-vie hors de prison?

Gueule ouverte au vent de vieillir
et pourtant,
ce garde
appelant nos pas à reprendre foi en un coeur
qui doit bien encore battre là,
qui s'essaye à la voix du poète,
mais comme dans une langue étrangère à la sienne...

Et puis qui est-il
pour aimer ainsi me dire
allez vas-y
tu es libre... ?

C'est vrai
que c'est faux
je ne serai pas ici
à croupir depuis des jours
confondus en une seule nuit.

Comment pourrait-elle finir?

Il fait jour il me dit.

Comment vérifier?

Mon corps ne veut pas suivre,
seul mon esprit analyse,
décortique l'absence à moi-même
et la pèse avec son air
de sonner ma présence.

Rester là?

La liberté saurait mon prénom
et puis je saurais le sien
si elle venait à me chercher,
son être aurait le goût du nôtre
et nous aurions partagé
un peu de poésie
au hasard des rochers
pooussés au seuil des couchers.

Lui n'est qu'un énième dernier
il suit un ordre...

D'ailleurs son pistolet est à sa ceinture,
sa main est proche...

Merde,
et puis qu'il referme.

Il est avec moi dedans,
juste il ne le sait pas.

Le ventre appelle,
mais je ne marche pas,
pas encore.

Je la reconnaîtrai,
elle parlera ma langue,
ne portera pas le képi usé
mais verra sa vie
dans mes traits à moi,
creusés.

Il me maltraitera de soi
pour me réanimer
juste avant ÇA,
quand la peur s'est fichée en moi,
avant l'épreuve d'avoir dû survivre en bas.


M.H

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