Question d'actualité

La peur est aux portes de nos êtresla responsabilité d'écrire est là, de dire, de faire ce que d'autres taisent jusqu'à la mort de leur système nourricier."Qui suis-je?

La peur est aux portes de nos êtres

la responsabilité d'écrire est là, de dire, de faire ce que d'autres taisent jusqu'à la mort de leur système nourricier."

Qui suis-je?



Mes cendriers débordent de mégots d'amer passés au travers mon corps. Ma nuit s'aube sur la blancheur livide du sommeil qui n'est pas passé venir me reposer.

 

La peur est aux portes de nos êtres, et le renoncement de quelques opportuns, à avoir rangé leur intelligence d'enfant au placard des adolescences inutiles, fait son lit.

 

Ce renoncement est la marque du venin, à conserver les monnaies contre le bien qu'aurait été de savoir tourner autour de l'astre qui nous porte, d’aller à la rencontre de ces "autres" qui nous disent "je" dans des sourires désabusés d'avoir déjà oublié qui pouvait bien être l'autre-étranger d'avant.

 

La lucidité ne me fait pas percer le code pour déverrouiller les coffres minables ou quelques titres puant le passé et des images ne sachant plus quelles richesses représenter sont enterrés... Mais la responsabilité d'écrire est là, de dire, de faire ce que d'autres taisent jusqu'à la mort de leur système nourricier.

 

Mon allocation à moi se termine bientôt[1], sans grandes pompes ni dorures à célébrer l'honneur de représenter. Mais elle dit ce que beaucoup savent d'en bas: les mocassins trop pressés d'être dorés silencent nos mal vivres, car ils se plaisent dans ce que le confort d'être agité à agir pour les souffrances leur cache, à la nuit de ce qu'ils ne vivent plus que par procuration de charité à la télé, où d'autres crèchent sous les cieux[2] et quémandent de la malbouffe pour ne pas crever sans avoir vu leur fin à eux.

 

Mon voyage ne fait que commencer pourtant, car la seule consigne de survie est en d'autres lieux, d'autres "je" qui s'ennuient de nous voir perdre la vue sous couvert de ne pas être eux, d’être au fait des responsabilités et surtout de la machine à faire tourner l'état qui sait, lui...

 

Mon aigreur, à fumer toute la nuit vos promesses aussitôt disparues dès les sondages sortis des demis urnes - où le peuple n'ira plus que dire sa haine de ceux qui ne les savent plus -, mon insomnie rampant vers vos consciences presque toutes éteintes, ma jacquerie d'être pauvre et plus voyant, elles ne disent que l'alarme pour nous tous à venir sans avoir répondu à la question que le temps n'effacera pas…

 

Qui suis-je?

 

Pire, les besoins en distraction et futilités médicamentées[3] ou liquoreuses ne feront que grandir dans le temps de ne pas y répondre.

 

Tandis que d'autres répondront à l'inverse pour dire qui ils ne sont pas, pressés par la faim de devoir être quelqu'un dans ce monde où vous occupez tous les noms, vous pleurerez peut-être vos inconsciences d'avant, bernés par vos consciences du "toujours", sans croire à la chute des jours où le meilleur n'est pas à tous... Pire, vous vous jetterez peut-être dans la mêlée des sangs à devoir couler pour taire les responsables injustes du monde que nous aurons hérité[4].

 

Mais le désastre n'est pas toujours la nuit à laquelle survient irrémédiablement le jour, non, le jour ne parle pas toujours après la nuit des êtres à se nier, à se croire "être" sans avoir fait le détour essentiel vers qui ils ne sont encore...

 

Dans l'accélération des choses à conserver le mieux contre le bien qui avance dans nos nuits de pauvres insomniés par l'ère de la misère qui souffle sur le calendrier qu'on n'ose plus regarder, dans cet éclair qui forge les histoires à se répéter, c'est notre fin à tous qui progresse[5] sur le dos de celles que vous vous refusez; c'est la fin des "je" qui sont sans besoin "d'autres" et c'est la fin des "autres" que les "je" n'auront pas su connaître.

 

A en croire les dires avisés d'un poète[6] sur les autres comme lui, ils sont les premiers ou les derniers d'une civilisation... Arthur[7] était mal à l'aise de ne savoir s'il devait être le premier ou le dernier, aujourd'hui l'urgence n'est plus aux vers de quelques damnés, mais bien à nous tous de ne savoir si nous sommes les premiers d'une ère ou les derniers des leurs...

 

Si nous devons être de ces pionniers qui défrichent l'horizon d'un œil neuf sur l'éternel, bu comme un élixir que nous ne savons reproduire, alors nous ferons l'exception qui confirme la règle et Rimbaud ne sera plus qu'un terrien sans autre terre que celle de nos après. C'est-à-dire la terre où nous aurons tous posé cette question de savoir qui sommes-nous, qui suis-je? Et où nous aurons eu l'humilité de n'essayer d'y répondre qu'en allant se mouiller de l'autre et son eau, pour nous faire un peu de réponse à garantir les après.

 

Sinon, l'après ne sera qu'une carotte à faire marcher les révolutions dans le sens de ceux qui les volent à ceux qui les font. Et l'histoire se fichera des visions d'Arthur que vos "je" n'auront pas su pratiquer au moment de répondre enfin aux questions sur lesquelles nous semblons vouloir éternellement rechuter...

 

Mon seul message en ce matin qui pourrait bien chanceler d'être incertain à me loger, me nourrir et pouvoir aimer encore, c'est d'appliquer enfin la formule qu'il nous a laissé. Que Rimbaud ait vu "je est un autre" ne change rien à l'humanité, ni à notre triste présent, ni à nos illusoires après, ni au passé de n'avoir su mettre son évidence en mouvement et boire ainsi la tasse d'alcool à ne plus désaimer.

 

La formule ne peut servir qu'à marcher vers l'horizon d'être enfin, de pouvoir dire et savoir devoir remettre à l'épreuve infiniment la phrase qui dit depuis vos êtres humiliés : Je suis un autre.

 

M.H

 

 

[1] Selon le rapport de la DARES, en France, en février 2014, 33% de population active est sans emploi ou sans emploi stable, seulement 19,3% des sorties de listes du Pôle Emploi se font sur le motif d’une « reprise d’emploi déclarée ».

[2] Selon le rapport annuel du mal-logement 2014, publié par la fondation abbé Pierre, la France compte 3,5 millions de personnes non ou très mal logées, et plus de 5 millions en situation de fragilité à court ou moyen-terme dans leur logement. (http://www.fondation-abbe-pierre.fr)

[3] Selon le rapport de l’ANSM de décembre 2013, environ 11,5 millions de français ont consommé au moins une fois une benzodiazépine en France en 2012, et 131 millions de boîtes ont été vendues dans la même année. (Les benzodiazépines sont des molécules qui agissent sur le système nerveux central et qui possèdent des propriétés anxiolytiques, hypnotiques, myorelaxantes et anti-convulsivantes.) (http://ansm.sante.fr)

[4] Selon les données du Crédit suisse, dans son rapport « Global Wealth Databook 2013 », en 2013, les 10% les plus riches dans le monde détiennent 86% de la richesse mondiale. (https://publications.credit-suisse.com)

[5] Selon le dernier rapport du GIEC sur l’évolution du climat, une personne sur dix dans le monde habite une zone menacée par la montée des eaux. Ce rapport prévoit notamment une hausse du niveau des mers située entre 29 et 82cm d’ici la fin du 21ème siècle. (http://leclimatchange.fr/)

[6] Friedrich Hölderlin: "Les poètes, se révèlent pour la plupart au début ou à la fin d'une ère. C'est par des chants que les peuples quittent le ciel de leur enfance pour entrer dans la vie active, dans le règne de la civilisation."

[7] Arthur Rimbaud: "Je est un autre."



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