Le marché bio au bord de la déstructuration!

Les acteurs classiques du monde agricole risquent non seulement d’entamer la confiance des consommateurs dans le label bio, mais font peser la menace d’une déstabilisation du marché. Le débat actuel sur les serres chauffées est à cet égard emblématique.

Il n’y a encore pas si longtemps, les produits bio n'intéressaient pas grand monde ! Le marché a dû être patiemment construit et structuré par des acteurs militants. D’abord via les circuits-courts de la vente directe, puis par l’union de producteurs bio au sein de groupements pour fournir les magasins spécialisés, les transformateurs et les “filières longues” de la grande distribution. Non seulement les acteurs classiques du monde agricole ne se sont pas investis dans la construction de ces filières, mais ont bien souvent dénigré ce patient travail qui a permis d’établir un lien fort de confiance avec les consommateurs.

Or, ces acteurs entrent désormais sur le marché bio, qu’ils considèrent comme une simple niche et, plutôt que de porter le projet d’une transition écologique de notre agriculture française, cherchent à transposer un modèle qui les a conduits dans le mur et ne répond pas aux exigences sociétales en matière d’environnement, de santé et de qualité.

Ce faisant, ils risquent non seulement d’entamer la confiance des consommateurs dans le label bio, mais font peser la menace d’une déstabilisation du marché.


Le débat actuel sur les serres chauffées est à cet égard emblématique. Car les agriculteurs qui pousseront artificiellement leurs productions proposeront plus tôt dans l’année leurs tomates et leurs concombres et occuperont une ligne commerciale qu’ils garderont pendant la saison, au détriment des fermes bio respectueuses du rythme naturel des saisons et de l’esprit du cahier des charges européen.

Dans la filière œuf, l’arrivée d’élevages géants de poules pondeuses allant jusqu’à 24.000 animaux, que nous avons dénoncé, a déjà créé les conditions d’une crise de surproduction. Si bien qu’aujourd’hui, les distributeurs incitent désormais à la déconversion des plus petites exploitations, généralement familiales, au profit de celles qui ne représentent que peu d’emplois mais dont la logique productiviste a déstructuré le marché.

Il y a un an, face à l'arrivée de ces acteurs du monde conventionnel, quinze groupements de producteurs qui commercialisent sur le marché bio français 60% de la viande, 30% du lait, 20% des fruits et légumes, 20% des céréales, ainsi que des œufs et des volailles, ont décidé de s’unir en créant Forébio (Fédération des Organisations Economiques 100% Bio) pour défendre le projet d’une agriculture en phase avec les attentes sociétales en termes de protection de l’environnement, de santé, de qualité et d’éthique commerciale. Une agriculture bio exigeante, qui n'autorise pas le recours au chauffage des serres !

Face à des pays qui ont des avantages concurrentiels naturels comme le soleil et la chaleur, artificialiser les productions ne pourrait qu’avoir une issue fatale. Il suffit d’observer les difficultés que connaît la filière tomate conventionnelle française pour s’en assurer : les surproductions chroniques amènent à la destruction de centaines de tonnes produits alors même que la balance commerciale reste déficitaire de presque 300.000 tonnes par an !

En Bio, l’origine France doit rimer avec goût, qualité, respect de la saisonnalité, des sols, préservation des ressources et principes du commerce équitable.

C’est pourquoi la Fédération des Organisations Economiques 100 % Bio (Forébio) se joint à la mobilisation contre la production de fruits et légumes bio sous serre chauffée et invite les consommateurs et citoyens à signer la pétition lancée par la Fédération Nationale d’Agriculture biologique (FNAB), la Fondation Nicolas Hulot, le Réseau action climat et Greenpeace (sur internet à l’adresse bit.ly/nonauxserreschauffées).

Mathieu Lancry, Président de Forébio

 

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